Mon logiciel est libre, je ne te dois rien

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expliquer modele logiciel libreDerrière cette accroche provocatrice, un constat. Nous sommes en 2018, le logiciel libre et l‘open source sont largement répandus et utilisés. Pourtant leurs utilisateurs (informaticien ou pas) continus globalement d’ignorer les principes et modèles économiques qui vont avec.

Avec Open-DSI, nous avons commencé à publier des modules pour Dolibarr sous licence GPL dont notamment un gros bout de code permettant de synchroniser une boutique WooCommerce et Dolibarr : WooSync.

Je m’attendais à de savoureux échanges et j’avoue ne pas avoir été déçu 🙂

Ce qui en ressort c’est un niveau de connaissance relativement faible de ce qu’est le modèle du logiciel libre. Nous avons été accusés d’escroc sur le forum Dolibarr par des utilisateurs ayant téléchargé le module sans parvenir à le faire fonctionner. Notez bien qu’il n’ont rien payé ou juste les 0.96€TTC via le Dolistore car c’était pour nous le seul moyen d’avoir leurs coordonnées pour les prévenir que par défaut, il n’y avait ni support ni engagement de correction d’anomalie mais qu’il pouvait souscrire des prestations de support. L’avertissement est aussi sur le github du module sur lequel sont mise à dispositions les corrections et évolutions.

Pour résumer le reproche : « il y a des bugs (reste à prouver que ce ne soit pas un souci d’environnement), on nous demande de payer pour du support, ce n’est pas normal ! » Merci à Agnès d’avoir pris position sur le sujet 🙂

Évidemment avec ce genre de commentaires, vous n’avez aucune envie de faire quoi que ce soit ! Je concède cependant que l’on se doit de fournir le logiciel le plus aboutit qui soit. Mais il faut aussi comprendre que certains contextes rendent difficile la mise au point de solution 100% bug free (cela existe ??). Avec WooSync nous sommes clairement dans cette situation. Pour ceux qui ne veulent prendre aucun risque, tout est prévu. Mais cela a un prix (et en l’occurrence nous savons parfaitement pourquoi il est encore élevé à ce jour) et personne n’a dit que les logiciels libres étaient gratuits et encore moins les services qui vont avec !

Je ne vais pas m’étendre aujourd’hui sur le sujet, juste rappeler qu’un logiciel libre est mis à disposition sous une licence avec des termes bien précis. Cette licence stipule que l’utilisation de ce logiciel se fait à vos risques et périls (chapitre 15 et 16 en MAJUSCULE pour la licence GPL) sans possibilité d’exiger du ou des auteurs un quelconque engagement de correction. La contrepartie est la liberté d’utilisation, d’accès au code source, à sa modification et libre diffusion à qui vous le souhaitez.

Payer pour que l’on vous corrige un bug s’appelle « contribuer ». C’est une démarche saine et normale pour un utilisateur de logiciel libre. Espérons que la campagne de Framasoft Contributopia permette de mieux faire connaître cette notion qui mérite d’être mieux comprise. Il faudra aussi que les acteurs professionnels du secteur soit plus clairs sur ce sujet, car là aussi ce n’est pas toujours tout rose il faut le reconnaître j’y reviendrais.

Philippe Scoffoni

Je barbote dans la mare informatique depuis 30 ans (premier ordinateur à 16 ans, un ORIC ATMOS) et je travaille à mon compte au travers de ma société Open-DSI. J'accompagne les associations, TPE et PME dans leurs choix et dans la mise en oeuvre se solutions informatiques libres.

9 réponses

  1. mortier dit :

    helas oui, le nombre de fois que l’on a ce genre de commentaire/réponse/accusation dans le cadre de FusionDirectory est courant on a même eu un personne qui est venu nous dire vous avez corrige des bugs qui ont casse mon système, revenez en arrière car c’est inadmissible, ce qui en discutant a revele qu’il avait tordu le logiciel au lieu de corriger leur infra 😛

    je dis en général remplissez un rapport de bug et contribuer ou prenez un contrat de support et on regarde a votre problème.

  2. Pierre Ozoux dit :

    Je pense que le plus dure dans ce secteur (comme dans tous les services en fait) est la gestion des expectations.
    Si il y a bonne communication en amont alors tout se passera bien.

  3. Gabriel dit :

    Réaction typique de ceux qui veulent le « beurre et l’argent du beurre », ils utilisent des outils libres en voulant les mêmes garanties (quoique nous pourrions longuement en parler aussi…) qu’un logiciel payant avec du support inclus… sauf que dans la vie, tout a un prix, qu’on se le dise.

  4. ttention tout de même à ne pas faire peur sur le « AS IS » de la licence.

    Bien que licence libre prévoit un dégagement complet de responsabilité de l’usage qui est fait du logiciel, puisque par définition l’éditeur/mainteneur ne peut savoir ce qui en sera fait ni par qui, une entreprise proposera systématiquement un contrat de support et maintenance qui fait sauter la clause de dégagement de responsabilité de la licence.

    On passe donc du régime de la licence libre, qui est une permission unilatérale du détendeur des droits (relevant du droit d’auteur), à un contrat classique d’échanges d’obligations des parties signataires (relevant du droit des affaires).

    Donc oui, tant que tu ne me paye pas, je ne te dois rien.

  5. Tout à fait d’accord au cas prêt de la « contribution » ou du don qui ne créé pas d’engagement de la part de celui qui la reçoit. Ce n’est pas parce que je donne 50€ à LibreOffice que j’ai le droit d’exiger des corrections de bugs.

  6. Gerald Sadde dit :

    Mais même plus globalement il faut bien remettre l’église au centre du village. L’exclusion de responsabilité des licences libres concerne l’obligation de conformité en résumé. Quand on voit ce qui est écrit dans les contrats des éditeurs US en termes d’exclusion de responsabilité alors qu’ils sont payant, il n’y a pas de quoi rougir. Donc effectivement je suis plus à insister sur le fait que l’on paye un contrat de support et de maintenance qui existe dans tout les cas pour les autres logiciels propriétaires. Dans les faits la différence me semble surtout tenir dans le fait que le contrat de maintenance ou d’intégration permet de flécher un responsable en cas de dommage au client ou à un tiers pour pouvoir se retourner contre quelqu’un.
    Par ailleurs, si on propose des modèles économiques plus tranchés de types hybrides avec une version du code libre dans une version sous licence propriétaire, il me semble que l’on a là encore des mécontents qui crient à la trahison. Dites moi si je me trompe messieurs du secteur ?
    Bref certains ne sont jamais contents. A ceux-là rappelons que l’avantage du libre tel qu’imaginé par Stallman c’est justement de pouvoir faire la maintenance soit-même et de la partager…

  7. Sans défendre le moins du monde les abrutis des forums, il faut reconnaitre que distribuer du logiciel libre qui dans la pratique ne peut s’utiliser sans support, c’est un modèle qui existe, même si ce n’est évidemment pas le tien. Et d’ailleurs c’est en général un modèle (si l’on peut dire) qui ne fonctionne pas. Mais j’ai connu des éditeurs qui étaient satisfaits que leur logiciel ne puisse s’utiliser sans eux. Sous l’angle économique, le modèle qui marche mieux est simplement celui où la distribution du logiciel sous license libre apporte de la notoriété, bien méritée, à son créateur, et cette notoriété se convertit un jour en business.

  8. un logiciel libre c’est pas juste la licence, c’est la qualité du code, la documentation, la communauté. Si c’est un seul personne ou une société qui le dirige et que pour le faire fonctionner on doit passer par elle ce n’est plus du logiciel libre.

    La logiciel en lui même prend de la valeur si il est utile dans plein de contexte et cette notoriété permet de construire du service de la formation et du développement autour.

    PS: le problème du dolistore est qu’il n’y a aucun contrôle sur les modules et que si on écrit pour un problème avec un module payant personne ne répond

  9. Je me demande si ce comportement changera un jour.
    Ceci dit (et heureusement), on voit aussi de belles réactions lorsqu’on travaille sur des logiciels libres de la part des utilisateurs, de la communauté.

    On se souvient souvent des commentaires agressifs mais on voit aussi plein de choses positives.

    Garde le moral !