Application métier libres, la prochaine étape ? (Partie 2/3)

Le 2 mar, 2013 • Catégorie: Economie, Planet-Libre
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Retrouvez la première partie de cet article où je présente un exemple d’application métier libre et l’intérêt de cette approche pour le développement du logiciel libre.

Travaille équipeMutualisation de la demande

Nous sommes aujourd’hui dans l’ère de la mutualisation par l’offre. Les grands exemples sont les communautés industrielles comme la Fondation Apache ou encore OpenStack. Il s’agit de rassemblement d’entreprises technologiques qui mettent en commun leurs équipes de développement. L’inconvénient de cette démarche, c’est qu’elle aboutit souvent à la fabrication de briques qu’il faut encore assembler avec d’autres. Il est rare de trouver dans ces communautés des entreprises utilisatrices à l’exception de quelques grands groupes internationaux.

La mutualisation de la demande est le terme employé par François Elie pour décrire une troisième approche du développement des logiciels libres. Une approche dans laquelle les utilisateurs se saisissent du logiciel libre et se rassemblent pour payer les développeurs qui peuvent enfin vivre de leur code. Attention, cependant, à ne pas confondre cela avec le trop célèbre « crowfunding » qui n’est qu’une démarche de financement pour tous types de projets. Des projets qui ne sont d’ailleurs pas forcément libres ou open source.

Il s’agit ici de bâtir une démarche sur le long terme et implique donc la mise en place de structures pour rassembler les acteurs, mutualiser les besoins, les moyens et porter le ou les futurs logiciels libres métiers.

Mais les exemples concrets restent rares. il faut encore faire comprendre aux utilisateurs tout l’intérêt qu’ils peuvent trouver dans cette démarche. Il faut donc les appâter et monter des projets aptes à susciter leur intérêt et à lever leurs craintes quant au risque de partager du code avec d’autres. Une approche qui passe sûrement par les usages et non par la technologie.

SAS, GIE, Fondation, Association ?

Vient ensuite la question du statut juridique pour porter ces applications métiers. Dans le cas de Coopengo, nous avons affaire à une entreprise privée. Ce qui fait de cette dernière un éditeur de logiciel. Je ne m’étendrais pas trop sur les inconvénients de ce modèle et les questions qu’il pose : l’intérêt général représenté par les logiciels libres peut-il se marier avec celui d’intérêts privés ? Quel degré de confiance vont pouvoir accorder les entreprises utilisatrices dans cet acteur ? Comment peuvent-elles s’impliquer dans la gouvernance du logiciel ? Et au-delà de ces questions, l’instabilité que génère ce modèle sur les logiciels libres n’est plus à démontrer. Souvenons-nous de l’histoire d’OpenOffice ou MySQL

Le regroupement de sociétés autour du développement d’un logiciel n’a rien de nouveau. Depuis des années, des GIE (Groupement d’Intérêt Economique) se sont constitués autour du développement de logiciel avec plus ou moins de succès. Néanmoins l’accès au logiciel restait et reste souvent restreint à un groupe fermé. Il faut payer sa cote-part pour avoir accès au logiciel.

Côté associatif, on peut citer le cas de l’ADULLACT dont le principe fondateur est de regrouper les acteurs des administrations publiques et collectivités  locales pour mutualiser leurs moyens autour de logiciels métiers. Une sorte de GIE ouvert dans la mesure où les logiciels réalisés sont libres. Cette association s’appuie sur une forge centralisant tous les projets et un « magasin » proposant les logiciels pacagés et validés par les services techniques de la SCIC créée en mars 2006 : ADULLACT Projet. Elle assure aussi le support (payant) des logiciels libres proposés.

Je citerais aussi l’exemple de Meza|Lab en cours de développement qui s’appuie sur les usages (ou déclinaisons verticales de cas d’utilisation) du Web3D. Ceci pour attirer des entreprises et les amener à devenir mécènes de ces actions et donc à participer au développement d’outils et de contenus libres qu’elles pourront ensuite utiliser pour leurs propres activités. L’association a également prévu de développer des activités de service afin de ne pas dépendre uniquement des entreprises mécènes.

Des exemples, je pourrais en trouver d’autres. Mais le plus gros du chemin reste à faire. La mise en place de structures de taille significative est indispensable pour atteindre la masse critique qui provoque l’adoption généralisée. Ces structures doivent cependant se méfier des risques liés à cette approche que nous verrons dans la troisième et dernière partie de cet article.

Dans l’épisode suivant nous aborderons les risques de la mutualisation et les parades appropriées.

Crédit image : Certains droits réservés par yckhong

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    8 Commentaires»

    1. Bonob0h
      2 mars, 2013 à 11h38

      Précisions concernant Meza lab … et les services.
      Tant pour des aspects juridiques qu’éthiques, hormis les actions associatives de l’association elle mêmes, les services réalisés pour d’autres par l’association elle même ne concerne que la Recherche, L’Enseignement, et partiellement les services aux autres associations.

      Mais bien sur, par exemples les entreprises mécènes, et autres collectivités, administrations, en parallèle de leur mécénat et formations, ont besoins de prestations comme notamment en matière de mise en production, etc. Pour cela Meza lab joue sur deux tableaux en parallèle :

      – Libre choix des prestataires – La porte est ouverte à ceux qui veulent se faire connaitre

      – Une l’entreprise dont meza lab est l’actionnaire majoritaire à l’image de la fondation Mozilla et sa boite de presta, ou comme depuis un siècle le groupe Tata lui aussi dirigé par une fondation, et quelques autres rares exemples encore d’une Économie Associative.

      Ce mode de fonctionnement est du reste le plus éthique, équitable et autre en comparaison avec les formules type « entreprises » même coopératives, tête de pont, ou se pose tant :
      – les problèmes de bénéfices d’actionnaires, dirigeants, etc
      – que les dérives sur les rachats,
      – et qu’aussi la participation de bénévoles dans des entreprises ce qui est humainement, éthiquement et légalement un scandale !

      Pour ce qui concerne la mutualisation je parlerai d’un nécessaire besoin de Mutualisation Mixte. En effet la demande c’est bien mais encore faut il que les demandeurs aient les capacités de ces demandes. Trop souvent ils n’ont pas les clés leur permettant d’apprécier les champs de possibles alors que trop souvent ceux à qui ils s’adressent ne souhaitent que vendre et/ou se facilitant la vie de développeur au détriment des usagers.

      Il faut aussi que plus particulièrement dans le cadre du logiciel libre les demandeurs puissent participer et ne pas être que des payeurs.

      Pour ça il faut les bases de participations multiples, accessibles, etc pour arriver a une vrai MutuMixte. C’est en ce sens que http://tinyurl.com/Logiciel-Libre-Autrement cherche ses acteurs ;) Objet d’un prochain article ? ;)

    2. david96
      3 mars, 2013 à 00h35

      « La masse critique », c’est drôle, je viens justement d’en lire la théorie, véridique :
      http://www.lespasseurs.com/100eme_singe.htm

      Et ce n’est pas si con, je pense même que c’est utilisé par nos grands ingénieurs en marketing ;)

    3. Ghis
      3 mars, 2013 à 10h30

      Dans le cadre de la mutualisation de la demande, on a aussi GNU Helath basé sur Tryton : http://health.gnu.org/ et http://fr.wikipedia.org/wiki/GNU_Health

    4. Bonob0h
      3 mars, 2013 à 14h16

      La masse critique est l’air de rien disponible !
      Le seul souci est le noyaux dur pour mettre en place les bonnes bases ! Cf : Les autres singes adultes conservèrent leur habitude de manger des patates douces sales.

      Le pire c’est que non content de garder leur habitude pour eux dans le cas du libre, mais aussi dans bien d’autres domaines, ils ont aussi trop tendance d’une manière ou d’une autre à empêcher le développement d’une autre masse critique que la leur !

      @ ghis … les « petits bouts » * existent !
      Du reste il y en à trop ! Dispersés, redondants, etc … ce qui gaspille énergies etc, alors qu’il faut global et transversal !

      * Cherchons parolier, musicien/ne/s et chanteurs/chanteuses pour une transpositions qui a déjà un petit bout ;)

    5. RodolpheHenry
      4 mars, 2013 à 15h07

      Article très intéressant merci.
      Petites précisions concernant le modèle et la philosophie de Coopengo cité dans votre article :

      – Coopengo s’appuie sur Tryton. La solution qui en découle hérite donc de toute la richesse de ce framework pur GPL. Ce dernier, pour sa part, bénéficie en retour de nombreuses fonctionnalités développées par ou pour Coopengo pour ses besoins métiers. Il s’agit donc d’une relation gagnant-gagnant entre intérêts privés et intérêts publics.
      – Pour qu’une solution métier reste cohérente d’une version à l’autre et qu’elle demeure donc maintenable, il est nécessaire que, tout en s’enrichissant fonctionnellement, elle évolue de manière cohérente. Ceci passe nécessairement par l’existence d’un « gardien du temple » qui va concilier la réalité technique avec le résumé des besoins métiers de l’ensemble des utilisateurs. L’éditeur de logiciel a ce rôle crucial à jouer et son intérêt, dans le monde libre bien plus que dans le monde propriétaire, est de contenter au maximum ses utilisateurs.
      – Une des façons de répondre à cette dernière attente est de concevoir un logiciel qui soit le plus souple possible et c’est pourquoi Coopengo a développé sa solution en y intégrant un moteur de règles et un moteur de processus qui permettent le plus souvent possible d’éviter des développements spécifiques et ainsi de ne pas dériver du standard du logiciel à chaque spécificité.
      – Même si cela est hors sujet pour le libre, l’expérience des GIE informatiques (avec un recul d’une trentaine d’années concernant les grands groupes d’Assurance et de Protection sociale) montre que, si cela peut fonctionner sur les couches techniques, la convergence des besoins métiers des différents participants est beaucoup plus compliquée. Deux freins à cela : d’une part chacun a sa vision de ce qu’il estime comme étant son métier à lui et d’autre part, la plupart des GIE ont en leur propre sein un contributeur de taille plus importante qui finit toujours par l’emporter sur les autres, conduisant à une situation équivalente à celle que vous semblez craindre dans le monde de l’édition…

    6. Application métier
      11 octobre, 2013 à 16h29

      En réponse à David96 : Pour ma part ayant travailler dans le marketing je peux dire que jusqu’à présent je n’ai pas entendu parler de masse critique, c’est plutôt un terme utilisé dans le domaine de la physique/ chimie notamment quand on parle par exemple de la masse molaire.

    7. david96
      11 octobre, 2013 à 16h41

      « masse molaire », encore un lobbying de la corporation des dentistes ! :P

      Dans le marketing, je suppose qu’on parle plus de « propagande de masse ». ;)

    8. Bonob0h
      11 octobre, 2013 à 17h38

      MassMarketing voyons ! Mais il lui faut la aussi une masse minimum pour atteindre ses objectifs ! C’est bien pour ça que n’ayant pas forcément la masse critique minimum les services de marketing achètent des listes ou font appel a des prestataires qui on des listes ayant une massmarketing minimum :p