Applications métiers libres, la prochaine étape ? (Partie 1/3)

closeCet article a été publié il y a 8 ans 3 mois 28 jours, il est donc possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être expirées.

MutualisationLes applications métiers sont des solutions logiciels dédiées à un corps de métier bien précis. Dans ce domaine le logiciel libre et l’open source ont encore bien du chemin à parcourir. Pourtant c’est bien cette direction qui semble porter le plus gros potentiel en terme de développement. Encore faut-il mettre en place les structures aptes à favoriser leur développement.

Une application métier : Coopengo

Pour bien illustrer ce concept d’application métier, voici une rapide présentation de Coopengo un logiciel dédié au secteur de l’assurance et de la protection sociale. Sont donc concernés les Assureurs, Courtiers, Mutuelles ou encore les Institutions de Prévoyance.

Comme on peut le voir, l’approche est totalement différente de celle des logiciels que l’on connaît habituellement dans le monde du logiciel libre et de l’open source. Les solutions sont « génériques » et ne sont pas dédiées à un secteur d’activités. C’est donc bien cette notion de « métier » qui fait toute la différence.

Si on y regarde de plus près, on constate Coopengo est en fait un ERP (Enterprise Ressource Planinng) qui a été pré-configuré. En l’occurrence, Coopengo est basé sur Tryton, un fork d’OpenERP. Quelle différence alors pour l’utilisateur ?

Tout simplement le gain de temps dans la mise en place de l’outil. Plutôt que de devoir expliquer son métier à un intégrateur qui réalisera ensuite un paramétrage, l’utilisateur bénéficie d’une solution « prête à l’emploi ». Je mets quand même un bémol à cette affirmation, il faudra évidemment vérifier l’adéquation avec les besoins et réaliser des ajustements. Cependant au final, le coût de mise en place devrait être inférieur.

Des solutions pour les utilisateurs

Concevoir des logiciels destinés à des corps de métier est à mon sens la démarche à ce jour la plus pertinente pour continuer le développement du logiciel libre. J’y vois plusieurs avantages :

  • La pertinence de la réponse fonctionnelle à un besoin d’une branche d’activité ;
  • La possibilité de fédérer les sociétés d’une branche d’activité autour d’une solution pour les inciter à mutualiser leurs moyens financiers pour assurer le développement et la maintenance du logiciel ;
  • Si les utilisateurs sont impliqués dans la gouvernance, alors ils deviendront naturellement des prescripteurs de la solution, car il sera de leur intérêt de voir de nouvelles sociétés s’associer à l’effort financier ;

Cette approche que François Elie décrit dans son livre sur l’économie du logiciel libre semble en effet porteuse de bien des avantages, dont celui non négligeable, de garantir que le développement du logiciel sera payé. Car les développeurs ne vivent pas que d’amour et d’eau fraîche. En s’assurant le soutien des utilisateurs, c’est aussi s’assurer des revenus pour le travail effectué.

Une démarche bien différente de celle des hackers qui développaient (et développent toujours) des logiciels libres « pour le plaisir ». Une notion qui introduit un biais : la complétude fonctionnelle et technique se limite souvent aux besoins de ceux qui développent le logiciel. Une démarche complémentaire portée par les utilisateurs à celle des hackers est donc nécessaire pour aller « plus loin ».

Nous verrons dans l’article suivant la notion de mutualisation de la demande et les statuts juridiques qui peuvent être adoptés pour porter ces applications métier. Vous noterez l’utilisation du terme utilisateur et pas client qui caractérise un autre modèle de développement celui du logiciel open source.

Crédit image : Certains droits réservés par michaelcardus

Philippe Scoffoni

Je barbote dans la mare informatique depuis 30 ans (premier ordinateur à 16 ans, un ORIC ATMOS) et je travaille à mon compte au travers de ma société Open-DSI. J'accompagne les associations, TPE et PME dans leurs choix et dans la mise en oeuvre se solutions informatiques libres.

12 réponses

  1. david96 dit :

    Excellent article, dont je ne peux qu’apporter de l’eau à ton moulin.

    Pour exemple, dans le monde des viticulteurs, les logiciels se comptent sur les doigts d’une main (comme dans de nombreux autres secteurs ceci-dit).
    Je connais un caviste bio qui a souhaité passer toute son infrastructure informatique sous gnu/linux.
    Il m’a demandé si c’était possible avec son prestataire exclusif isavigne.

    Malheureusement Isavigne ne compte pas développer pour gnu/linux. Bref, coincé de chez coincé.

    Ce n’est qu’un petit exemple, mais c’était histoire d’appuyer la véracité de cet article .
    Oui, tu soulève et apporte une bonne réflexion sur un possible devenir. Tu mets le doigt là où il faut et je te remercie Philippe pour ça.

    Par contre, il faut un effet de masse. Une prise rapide de conscience. Car le marché a bien été cadenassé à ce niveau. Et ceux ayant les rênes sont devenus très puissant. Ça ne sera pas simple.

    Une solution de prise rapide, serait aussi au niveau politique. En effet, si le service public (État, territorial, hospitalier et militaire) avait obligation de n’utiliser que les logiciels libres, ça faciliterait pas mal les choses.

  2. Faelar dit :

    « Une solution de prise rapide, serait aussi au niveau politique. En effet, si le service public (État, territorial, hospitalier et militaire) avait obligation de n’utiliser que les logiciels libres, ça faciliterait pas mal les choses. »

    Même constat dans l’éducation. Un ami s’est lancé dans le développement d’un logiciel pour le monde de l’enseignement : http://opencomp.fr/ (je me permets de lui faire un peu de pub, j’espère que cela ne pose pas de problème).

    De mon côté j’ai découvert le monde merveilleux des progiciels pour le secteur médical : interface style années 90, zero possibilité d’export de la base patient, quant aux coûts…

  3. cep dit :

    Toujours le même refrain à courte vue et réducteur.
    Il est évident qu’il faut du développement ciblé, pour certains métiers, avec pour base de départ le regroupement de certaines professions capables de définir leurs besoins.
    Mais comme toujours chez toi la pique contre les développeurs gratuits, généralistes, coupables à te lire de ne pas tenir compte des besoins des utilisateurs et préoccupés par leurs seules envies. C’est ridicule et caricatural. A l’extrême je ne vois pas comment on pourrait faire fonctionner les logiciels ciblés si à la base il n’y avait pas des programmes généralistes. Bref, de la réflexion monomaniaque.

  4. david96 dit :

    @cep.
    Cette fois-ci la pique est plutôt orienté sur les besoins des entreprises, des services, bref tout ce qui demande des applications métiers. Et sur ce coup je suis bien d’accord qu’il faudrait puiser nos forces dans ce domaine.
    La demande est forte, les éditeurs privateurs ont quasi fermé ce secteur, rendant les entreprise et consort dépendant de leur système (passez à la caisse, y’a pas de concurence).
    Mais il y a encore une brèche avec les logiciels libres ; si on veut s’y introduire, il faut se serrer les coudes 🙂

    @Faelar, Intéressant le projet de ton ami (de plus en plus en vogue), par contre le flash a fait planté mon PC. Il serait sympa au niveau accessibilité qu’il fasse aussi une page en HTML (texte), en plus il y gagnerait en communication/référencement 😉

  5. Bonob0h dit :

    @ Favelar … obliger n’est pas la solution tant que de toute façon les outils libres ne sont pas suffisamment efficaces et autres …

    @ Cep … la courte vue serait plutôt de ton coté et de celles des qui généralistes ne savent que de prime abord développer fork sur fork sans jamais penser global et transversal permettant de faire le meilleur des meilleurs généraliste en même temps que les partie métiers pour chaque usages !
    On s’en fout d’avoir milles cms ou autre ! c’est un gâchis écologique économique, social et autre ! Ça ne fait que faire plaisir a une minorité au détriment de la majorité qui elle doit s’emmerder a perdre temps, argent et autres à tester tous les petits bouts, non interopérables hormis a devoir coder d’énième moulinettes de translation ce qui rajoute encore plus de problèmes et donc coute encore plus cher a tous …
    Du coup la majorité ne se prennent plus la tête ! Ils vont voir chez proprio !
    La liberté de coder ne sait malheureusement pas s’arrêter à la liberté de simplifier la vie des utilisateurs !
    Le libre n’est donc pas libre ! Il l’est d’autant moins que nombre de libristes se comportent comme des fasciste au sens pratique du terme ! Si tu veux faire partie de notre clan tu n’a pas a utiliser ou dire si et la !
    Un peux à l’image de ce que préconise Favelar 😉 Imposer dans les administrations ! Déjà ça est antinomique vie a vie de la liberté ! et la libre concurrence même si le proprio ne se prive de rien pour arriver a ses fins !

    Si on veux que le libre se développe il faut qu’il s’y prenne autrement ! Déjà en étant réellement meilleurs dans tous les sens du terme … technique, pratique, sexy, etc etc … et bien sur moins cher, plus social, équitable etc !

    Bref … je me repete mais comme dans l’enseignement il faut parfois rabâcher, faire rabâcher pour faire entrer dans les neurones de certains !

  6. david96 dit :

    Tu dis qu’obliger n’est pas la solution ?

    Bâ si un peu quand même, si les services publics n’ont pas d’autres choix. Les solutions libres naitront forcément. C’est mathématique.

  7. mp dit :

    Je partage aussi les points de vue de Philippe et de Bonob0h, dès lors que dans mon activité de conseil auprès de TPE/PME on en vient à chercher une solution FLOSS pour répondre à une attente métier, il est très fréquent qu’on ne trouve pas et qu’il faille soit se rabattre sur une solution propriétaire –et pratiquement jamais sous GNU/Linux–, soit sur un soft générique (Calc, CMS, ERP, ECM…) si tant est qu’on ne doive pas y consacrer des jours à l’adapter à la situation (car personne n’est alors prêt à en supporter les coûts).

    Ce sont parfois des besoins de niches, mais bien souvent cela pourrait vraiment être déployé à grande échelle, par exemple un soft de gestion d’exploitation agricole (je rejoins là le début de la 1ère intervention de david96).

    Vu de l’extérieur (je ne suis pas développeur), on a parfois le sentiment que les projets FLOSS sont essentiellement sur des applications qui concernent le monde informatique lui-même, comme si on « négligeait » un peu les usages finaux.

    Pourtant des sujets comme l’IT for Green, pour citer un autre exemple, seraient vraiment très porteurs pour les FLOSS.

    Serait-ce un manque de connexion entre les développeurs du monde des FLOSS, au sens large, et les usages métiers ? Un manque d’imagination ?

    D’ailleurs, ça me fait me poser une question : comment lance-t-on un appel à projet FLOSS ? Comment fait-on savoir qu’il y a un besoin précis sur telle ou telle application métier pas encore (ou pas assez) couverte par un/des FLOSS ?

  8. Philippe dit :

    Il y a tout un tas d’usage qui ne sont pas couvert aujourd’hui.
    > Serait-ce un manque de connexion entre les développeurs du monde des FLOSS, au sens large, et les usages métiers ?
    Ca me semble une évidence. A ce jour seul les éditeurs de logiciels open source investissent ce créneau… Et on sait tous les problèmes que cela peut poser.
    > Un manque d’imagination ?
    Non pas forcément, un manque d’intérêt pour des besoins qui ne sont pas les siens.
    > comment lance-t-on un appel à projet FLOSS ?
    En criant très fort 😀 ! Pas sûr de te faire entendre d’ailleurs…
    >Comment fait-on savoir qu’il y a un besoin précis sur telle ou telle application métier pas encore (ou pas assez) couverte par un/des FLOSS ?
    Il faut prendre son bâton de pèlerin comme on le fait chez Meza|Lab et essayé de regrouper des utilisateurs.. Le problème est aussi chez eux, tellement formaté et enfermé dans des modèles figés…

  9. david96 dit :

    Et que pensez-vous justement des associations tels que l’Adullact, April, Aful, EducOOo etc. ?

  10. Philippe dit :

    J’en parle dans la partie 2 de l’article 🙂 . Pour moi l’Adullact est dans une approche mutualisation de la demande utilisateur (pour les collectivités uniquement). Normal, c’est François Elie qui en est le président…

    EducOOo aussi pour une version « enfants » des outils bureautique. Pour ce dernier on reste à un niveau de besoin simple qu’il faudrait unifier sous une bannière de Suite Libre pour l’éducation avec des outils comme OpenSankoré et d’autres.

    Après l’APRIL et l’Aful pour moi sont plus des associations à vocation « politiques ».

  11. Bonob0h dit :

    chez MP http://idl-mp.com/2012/10/un-geste-pour-que-des-enfants-aient-acces-a-une-eau-saine/
    Et j’y vais de mon troll :p
    S’il y avait moins de fork et fork je te fork … et autres trop d’appli concurrentes dans le libre … le libre gaspillerait moins d’eau pour faire des processeurs, de électricité et autres boissons de barbuquicodent, sans oublier les utilisateurs qui doivent passer un temps fou a fouiller, tester, apprendre etc alors qu’ils n’ont besoin que d’utiliser, ou mieux utiliser en apportant aussi leur contribution pour éviter aux développeurs et geeks de faire ce qu’ils savent trop souvent mal faire : commenter, documenter, tutorer, etc

  12. david96 dit :

    @Philippe, merci pour ta réponse.