Le groupware SOGo change de modèle économique

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gorupware SOGoL’annonce vient de paraître et le changement est suffisamment significatif pour que cela mérite une petite news.

SOGo est un logiciel de messagerie collaborative qui se greffe sur une infrastructure traditionnelle de transfert et de stockage d’email comme par exemple le duo Postfix et Dovecot avec un annuaire LDAP pour la gestion des comptes utilisateurs.

Avec SOGo, vous bénéficiez d’un webmail auquel ont été ajoutées des fonctionnalités d’agenda et de gestion de contacts. Ces derniers disposent de fonctions de partage. SOGo c’est aussi des protocoles de synchronisation comme CalDav et CardDav ou encore ActiveSync pour les terminaux mobiles. A cette palette s’ajoute aussi le projet OpenChange qui a pour but de faire croire à Outlook qu’il est en train de discuter avec un serveur Exchange.

Jusqu’à présent pour installer et mettre une installation SOGo, il était possible d’utiliser des dépôts destinés aux principales distributions GNU/Linux du marché : Debian, Ubuntu, CentOS, Red Hat ou encore openSUSE. Ceci pour pas un rond.

Et bien, c’est fini maintenant. Il va falloir payer pour avoir accès aux dépôts un support. Ce modèle économique est similaire à celui de Red Hat ou encore d’autres acteurs de la messagerie collaborative comme BlueMind. Les tarifs sont également connus et s’échelonnent de 700 € par an et par serveur à 9 600 € pour une version « Grand compte » illimitée.

Je pense que pas mal de grosses boîtes vont grincer des dents en lisant cette annonce. Inverse prend potentiellement un gros risque en procédant ainsi. Mais j’imagine qu’elle connaît mieux que quiconque le nombre de téléchargement. Je vous laisse libre d’interpréter ce changement comme bon il vous semble. Je pense que les appréciations iront de « gros enfoirés » à « c’est tout à fait normal ». Je ne porterais pas de jugement en bien ou en mal. Au fond de moi, une petite voix me dit que c’est inévitable et qu’il y va peut-être de la survie de ce projet face à la pression des utilisateurs. Ou alors, nous sommes encore en face d’une inévitable évolution liée au modèle de l’éditeur de logiciel libre.

Je ne suis pas étonné de cette évolution. Le logiciel libre attire de plus en plus d’utilisateurs qui hélas ne comprennent pas le modèle et se contente de n’y voir qu’une opportunité de gratuité sciant sans le savoir la branche sur laquelle ils se sont assis. D’où l’importance de continuer à expliquer et faire comprendre les modèles économiques du logiciel libre si l’on veut que ce dernier ait une chance de continuer d’exister. Et surtout expliquer aux utilisateurs comment financer le logiciel libre et l’aider à se développer dans l’intérêt commun de ceux qui écrivent le code et de ceux qui l’utilisent. Une indispensable synergie souvent faiblement mise en œuvre.

Certe, SOGo reste un logiciel libre. Qui veut et en a les compétences peut se construire les packages nécessaires à son installation. Nous verrons peut-être apparaître dans les mois une version communautaire de SOGo à l’image de CentOS et de Red Hat.

Si je pouvais faire une demande, à Inverse, ce serait de prévoir un prix « ras les pâquerettes » sans support, mais juste avec l’accès aux dépôts et de prévoir une offre « gratuite » pour les organisations d’intérêt général. C’est ce que fait BlueMind en offrant gratuitement l’accès à son offre payante aux associations promouvant les logiciels libres.

Pour la première demande, il semblerait que ce soit déjà mort d’après la liste de discussion SOGo. Pour la deuxième, cela reste à voir, mais j’ai comme un doute…

Philippe Scoffoni

Je barbote dans la mare informatique depuis 30 ans (premier ordinateur à 16 ans, un ORIC ATMOS) et je travaille à mon compte au travers de ma société Open-DSI. J'accompagne les associations, TPE et PME dans leurs choix et dans la mise en oeuvre se solutions informatiques libres.

9 réponses

  1. Jacques dit :

    Le passage a un modèle ‘open-source payant’ est inéluctable et logique pour des solutions de qualité : une messagerie pro représente un travail très sérieux !
    Les possibilités sont variées : impossibilité d’upgrade sans souscription (Bluemind), connecteur Outlook avec souscription (Zimbra, …), …
    L’accès verrouillé aux repositories n’est pas nouveau et pénalisera d’abord l’utilisateur ‘petit’ (encore que l’accès au nightly est toujours possible !)
    Toutes les solutions Open-Source du domaine de la messagerie y sont venus (Zimbra, Zarafa, Obm, BlueMind, …).
    Mais il ne faut surtout pas oublier que Sogo n’est qu’un élément de la messagerie : il vous faut, en dessous, un stockage (serveur IMAP) et une base utilisateurs (SQL ou LDAP), et le montage cohérent n’est pas automatique, loin de là ! Enfin, sans OpenChange, la qualité de Sogo est diminuée : indispensable si vous utilisez encore Outlook jusqu »à 2010 !
    Ce qui surprend, c’est que, du fait que Sogo n’est qu’un élément, il semble difficilement imaginable de payer 2 souscriptions : l’une pour le stockage, l’autre pour Sogo.
    La solution iRedMail, qui avait incorporé Sogo récemment ce qui la rendait encore plus attractive, risque d’être impactée …
    Qu’il est loin le temps où la messagerie d’entreprise se suffisait d’un simple service IMAP …
    Les extensions (webmail, annuaire, agenda, mobile, archivage, gestion spam/filtrage, …) sont devenus tellement nécessaires/indispensables que l’exploitation d’une messagerie d’entreprise est bien difficile qu’un ERP ou GP.

  2. Giraya dit :

    Cela va faire le bonheur de certains, car je pense que beaucoup vont laisser leur instance SOGo en l’état sans la mettre à jour 🙁

  3. Lapinou dit :

    Dans les dépôts de l’Ubuntu 16.04 que j’ai sous la main, je viens de trouver une version 2.2.17 de Sogo datant de mars 2015.

    Je n’ai pas étudié les changelogs, mais grossièrement, pour celui qui n’utilise Sogo qu’à travers un client lourd (Thunderbird par exemple), les évolutions introduites par les versions plus récentes ne sont pas trop fondamentales.

    En somme, si j’ai bien compris : celui qui travaille dans un environnement « tout Linux » pourra éventuellement se contenter des dépôts de sa distro, et continuera de trouver le connecteur Sogo pour Thunderbird en téléchargement sur sogo.nu comme ça a toujours été le cas. C’est toujours ça !

  4. Pierre dit :

    Oui comme dit Jacques, ce passage est inéluctable pour les solutions de qualité (je parle de solution pour utilisateur/client final, et pas de brique infra ou middleware dont le public sont les informaticiens).

    Note préalable 1 : je suis de BlueMind. 2 petits éclaircicements : Les dépôts (ou maintenant binaires installables qui créent un dépot local car même l’étape dépôt était compliquée pour certains) des paquets BlueMind sont accessibles librement. C’est l’outil de mise à jour simplifiée qui ne l’est pas. Une mise à jour est possible sans soucription, mais plus laborieuse (2ème plateforme, impasync, ldap pour les users, export/import des données en formats standards). Ce n’est pas le même scénario qu’Odoo car ici les formats d’échange des données sont standards.

    Note préalable 2, je connais Philippe et l’apprécie (Salut Philippe). J’indique sans langue de bois ma vision, de façon générale, sans le viser.

    Je reprends, c’est inéluctable car nécessaire pour financer le développement du logiciel et oui une messagerie collaborative est très complexe (nombreux domaines fonctionnels, mail, agenda, IM, contacts, ihm, protocoles, briques infra, habitudes des utilisateurs, évolutivité forte, mobiles et usages, multiples clients lourds, web, synchros..) et s’adresse aux utilisateurs (j’y reviens plus bas). Dans développement il n’y a pas que le développement du code, mais de nombreux autres aspects : usine logicelle (intégration continue,..), qualité, tests, documentations, support de plusieurs distributions, outils annexes (migration, connecteurs, interfaces, plugins), industrialisation et automatisation (installation, mises à jour, déploiement),.. Chacune de ces taches est très couteuse si réalisée sérieusement et l’ensemble ne peut pas être financé par de la vente de jours.homme sur des projets de mise en oeuvre (pendant qu’on migre une messagerie, on n’écrit pas le logiciel, on réalise le projet du client).

    L’outil s’adresse aux utilisateurs finaux ! Et la ça change tout.
    Je cite Philippe : « Le logiciel libre attire de plus en plus d’utilisateurs qui hélas ne comprennent pas le modèle et se contente de n’y voir qu’une opportunité de gratuité sciant sans le savoir la branche sur laquelle ils se sont assis ».

    Cette phrase, que je vais appeler « approche dogmatique », résume les erreurs fondamentales qui complexifient le débat et freinnent la progression avec des hypothèses fausses.
    Je rappelle, on parle d’utilisateurs, clients, pas d’informaticiens/développeurs.
    – « Le logiciel libre attire de plus en plus d’utilisateurs » => Hum. L’utilisateur en général ne sait pas ce qu’est le logiciel libre, mais surtout il s’en fou. Ce qui l’attire c’est un bon logiciel ou service (MacOSX, Firefox/Chrome, saas, les apps des mobiles,..) ou la gratuité.
    – « qui hélas ne comprennent pas le modèle et se contente de n’y voir qu’une opportunité de gratuité » => Il n’a aucune envie de comprendre ou même d’essayer de comprendre le modèle écnomique. Il veut savoir le prix, et est prêt à payer si le prix est raisonnable et que le logiciel lui plait (en jugeant la concurrence)
    – « sciant sans le savoir la branche sur laquelle ils se sont assis » => Ce n’est pas sa branche ! Il n’y a pas de branche pour lui, il n’a pas une approche dogmatique ou philosophique, ce qui l’intéresse est uniquement la pérennité du logiciel pour son cas d’utilisation. D’ailleurs avoir un éditeur en face est perçu positivement.

    Ceci illustre l’erreur fondamentale : Cette approche demande à l’utilisateur de s’adapter à nos problématiques (dont il n’a que faire) !

    Or la base du service et du commerce est l’inverse : On doit s’adapter à l’utilisateur ! L’utilisateur veut un bon et beau produit, pérenne sur la durée qu’il prévoit d’utilisation, et à un prix qu’il comprend et qui sera acceptable pour lui. Et si il signe, tout le reste (installation, migration,..) ne sera que contrainte, plus ce sera court mieux ce sera (si ça pouvait se faire en 1 clic, il signerait de suite).
    Voila ce à quoi il faut répondre !
    L’utilisateur n’est pas un développeur ni un théoricien du libre (et il n’a aucune envie de le devenir), c’est un consommateur ! Vouloir et penser le changer est déjà une hypothèse irréaliste.

    Il y a même quelquechose d’hypocrite et sournois dans l’approche dogmatique « il faut éduquer l’utilisateur » souvent portée par les chevaliers du « vrai » libre (Philippe n’est pas visé ici). L’incantation du vrai libre explique qu’un logiciel doit être libre et gratuit et que tous les autres modèles (freemium, opencore,.. sans parler de propriétaire) sont mauvais. C’est l’utilisateur, érigé au rang de détenteur du pouvoir, qui décide s’il a envie de payer (et combien, par exemple une métrique par personne, bien que la plus simple pour l’utilisateur, est proscrite).
    Cependant une fois que l’utilisateur a bien compris, donc qu’il ne paie pas (dans la vraie vie combien sont prêts à payer quelquechose de gratuit ?), on se plaint que les utilisateurs ne comprennent pas, scient leur branche et qu’il faudrait les éduquer… pour leur expliquer qu’ils devraient payer ?!! tiens tiens.

    Ah le modèle économique d’éditeur Open Source (ou logiciel libre ;)), vaste sujet sur lequel je prépare des articles.

  5. Merci Pierre pour ta vision des choses. Je résumerais ce qui nous sépare par ta phrase :
    > c’est un consommateur ! Vouloir et penser le changer est déjà une hypothèse irréaliste.
    Réduire l’utilisateur à un consommateur est une vision probablement cohérente avec notre modèle de société. Pour moi le logiciel libre induit une participation active (et non forcé, on appelle cela contribution) de l’utilisateur (ou consommateur). Il devient un consom’acteur dans ce cas. Mais c’est une autre vision sociétale et la raison de l’écart d’approche 🙂
    Je ne vois pas en quoi expliquer les modèles du logiciel libre aux utilisateurs finaux serait contre-productif ou « dogmatique ».. Dans le modèle de l’éditeur c’est peut-être inutile. Dans celui du communautaire probablement moins… La preuve les utilisateurs sont capable de comprendre et de mettre la main à la poche
    http://www.dolibarr.fr/87-actualites/232-bilan-financement-participatif-module-comptabilite-avancee

  6. Pour aller un petit dans le sens de Philippe, si j’ai souscrit à une offre de BlueMind pour mon établissement (LTP Saint-Nicolas, Paris 6ème), ce n’est pas uniquement que le prix est raisonnable, que le logiciel me plaît, etc. Si ce n’était que ça j’aurais pris une offre Google Apps for Work, ça coûte moins, j’ai la gestion du serveur en moins, les utilisateurs sont déjà familiers avec l’interface, etc. J’aurais également pu me monter une solution custom pour mes besoins (mails, agendas et contacts), j’en ai les compétences. Mais je voulais, entre autres, soutenir un projet de logiciel libre, je voulais filer du fric à des mecs qui font du libre.

  7. Pierre dit :

    Philippe, Nicolas, oui il y a une petite partie des personnes pour qui l’aspect logiciel libre compte, et une petite partie de ceux la sont même prêts à contribuer, c’est tant mieux ! Et j’en suis sensible, ce n’est pas un hasard si BlueMind est Open Source et que je n’ai toujours fais que du logiciel libre.
    Mais ils sont une minorité et ce ne sont pas de simples utilisateurs (ex Nicolas qui a les compétences pour monter toute une plateforme tout seul) mais souvent des informaticiens / développeurs (Je rappelle, on parle d’utilisateurs, clients, pas d’informaticiens/développeurs).

    Ce que je voulais dire est que pour avoir une chance d’exister réellement sur le marché en tant qu’éditeur Open Source d’une solution front end, comme la messagerie, les 1% d’utilisateurs sensibles au logiciel libre n’y suffiront pas (combien de Nicolas sur 1000 LTP ? combien de financements participatifs Philippe pour un total de 4000 €.. seraient nécessaires ?) ! Il faut s’adapter :
    – aux attentes de 99% des utilisateurs, comprendre leurs besoin et y répondre, et non tenter de les changer
    – au marché (métriques, distribution, évolutions..). Ex: un éditeur doit travailler avec des partenaires pour diffuser sa solution. Il faut que la répartition des revenus soit claire.

    Ceci, par quelque chemin qu’on le prenne, conduit a une nécessité de revenu récurrent, décorrélé de prestations j.h

    Les évolutions actuelles dans l’édition open source, comme ici SoGo mais les exemples en cours ou à venir, et réflexions sont légions, découlent simplement de ceci.

    Bonne fin de w-e

  8. @Pierre :
    > une nécessité de revenu récurrent, décorrélé de prestations j.h
    Dans votre cas où vous êtes les seuls ou presque à supporter tout le coût de développement et de maintenance du logiciel, nous sommes bien d’accord qu’il n’y a guère d’alternative pour « contraindre » les utilisateurs à financer. Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire bien entendu. Je comprend pleinement la nécessité de la chose pour Bluemind, SOGo et d’autres.
    Maintenant doit-on considérer que ce chiffre de 1% soit une fatalité à long terme 🙂 ?

  9. Pierre dit :

    Je crains que ce chiffre, s’il bouge ce ne soit pas dans le sens que tu espères. Ca fait 10 ans que le discours de l’utilisateur doit contribuer est donné (discours d’ouverture de solution linux,..). Il y a eu un espoir qui est maintenant retombé, l’attention étant passée sur le cloud (ou la notion de logiciel libre disparait pour l’utilisateur) et d’autres sujets. On tombe même aujourd’hui (rare, mais une nouveauté) sur des personnes qui littéralement ne veulent pas une solution si elle est Open Source (mauvaise expérience) !!
    Mais ce n’est pas grave.
    L’Open Source s’est imposé sur le backend / middleware,.. domaine des informaticiens. Pour l’utilisateur, il faut simplement être pragmatique et lui apporter ce qu’il veut (l’écouter quoi) sans le polluer avec nos sujets. Si l’Open Source est un modèle pertinent (ce que je pense), alors on arrivera à un résultat sur le frontend aussi (et pas dans le sens inverse ;)). Et pour ça il y a besoin d’un vrai financement long terme, clair et pas d’un discours idéologique.
    Bon on pourrait en discuter des jours et de jours 😉 A bientot et bonnes vacances !