Dégooglisation, pourquoi est-elle nécessaire, mais pas suffisante

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uberisationSuite à mon dernier article sur le sujet AlterLibriste nous laissé le commentaire suivant :

Au final, le seul problème c’est que la journaliste va penser qu’il n’est pas possible de se passer de Google ou donner une image encore plus caricaturale suite à nos réactions.‌

A sa lecture et après réflexion, je me suis dit qu’effectivement, il me fallait réaffirmer cette évidence simple, mais non triviale pour tous mes concitoyens :

La dégooglisation est une démarche nécessaire et indispensable.

Je ne voudrais pas que mon dernier article laisse à penser le contraire. J’ai bien conscience d’être un mauvais exemple. Il y a des « sacrifices » que je n’ai pas encore accepté de faire. J’estime cependant que si tout le monde avait le même niveau de dégooglisation et de prise de conscience que moi, nous aurions fait un immense progrès 🙂 .

Maintenant, si la dégooglisation est nécessaire, elle est loin d’être suffisante. Au travers de ce terme, c’est bien sûr l’ensemble des services en ligne capteur de données qui sont visés. L’action lancée par Framasoft va bien au-delà des services de Google.

Google au final n’est que l’iceberg (un gros certes) de cette problématique. Le web 2.0 dans son ensemble marquera la captation et l’appropriation par quelques sociétés des données et contenus générés par les internautes.

Uberisation

Car si Google, Facebook et assimilés mettent à disposition des services, il ne produisent en fait aucun contenu. C’est d’ailleurs la caractéristique principale de ce que l’on commence à appeler l’ « uberisation de l’économie ». Ils ne font qu’exploiter l’activité d’individu pour la valoriser sans jamais rien produire.

Cette Uber économie, économie à la demande ou encore capitalisme de plate-forme : met en relation des tâches (jobs) avec des personnes, des internautes, des contractuels disponibles n’importe où dans le monde. Une force de travail payée au pourcentage, sans ou avec très peu de protection sociale et bien sûr aucun avantage de salarié, mais une grande liberté d’organisation – du moins en apparence – de leurs emplois du temps

Il serait possible de considérer que cela est parfait, car après tout, à chacun d’être le plus malin. Le souci est que cette captation et exploitation se fait sans conscience réelle des contributeurs initiaux. Ceux qui remplissent Google Maps de photos et monuments reconstitués en 3D sont même heureux de le faire et pensent contribuer au bien de tous. Or ils contribuent surtout au capital de Google. Cela sans en recevoir la moindre contrepartie financière.

Au-delà de la dégooglisation, il me semble pointer un enjeu sur la façon dont nous voulons vivre demain. Le numérique continue de prendre une place toujours plus importante et il est peu probable sauf catastrophe toujours possible que le mouvement s’inverse.

La dégooglisation c’est aussi affirmer le refus de la captation gratuite de nos données, de nos « créations ». Quand je rends ce blog payant à prix libre, je le fais pour essayer de montrer qu’il nous faut changer de paradigme, lutter contre ce gratuit qui risque de nous mettre à genoux. Dégoogliser c’est aussi chercher un modèle de rémunération de nos activités alternatif à celui qui est en train de se mettre en place et dont je ne pressens rien de bon.

Je vous renvoie vers cet article de 2013 Misères de l’humanité numérique consacré à l’ouvrage de Jaron Lanier : Who Owns the Future pour approfondir le sujet. Ses constats et propositions sont toujours d’actualité.

Serons-nous demain tous rivés à notre smartphone dans l’espoir de voir arriver notre dose de travail quotidien pour survivre ? C’est peut-être vers cela que nous allons si nous refusons de faire quelques efforts pour améliorer notre score de dégooglisation.

Promis, prochain article, nous parlerons des alternatives 😉

Crédit image : Ouishare Magazine Creative Commons (BY-SA 3.0)

Temps de rédaction : 1h45

Philippe Scoffoni

Je barbote dans la mare informatique depuis 30 ans (premier ordinateur à 16 ans, un ORIC ATMOS) et je travaille à mon compte au travers de ma société Open-DSI. J'accompagne les associations, TPE et PME dans leurs choix et dans la mise en oeuvre se solutions informatiques libres.

7 réponses

  1. Gilles dit :

    Même si je suis d’accord sur le principe de se passer de Google, tu remplaces le moteur de recherche par quoi ?
    Il n’y a AUCUNE alternative qui est aussi efficace.
    Pour les autres services, le jour où FFOS sera aussi puissant, aucun souci pour me passer d’Android.
    Dans 2 ans ?
    Google est aussi fort car les produits Google répondent aux besoins.

  2. jeanminux dit :

    @Gilles
    Alors je dois être un cas mais je ne vois aucune différence entre une recherche duckduckgo (en prenant trente secondes pour le régler au poil) et une google,
    Après si tu veux absolument du google tu as startpage: recherche google + anonymat et zéro référencement.
    Donc je ne vois pas où est le problème…

  3. Winael dit :

    Cet article me gène car il oublie clairement qu’il existe d’autres « monnaie » que la financière

    Prenons l’exemple d’Ubuntu. Je travaille énormément pour ce projet, comme de nombreuses personnes dans le monde, et ce travail, rend le produit plus performant pour mes autres usages. C’est pour moi une forme de rémunération non financière.

    Le problème de l’Uberisation de l’économie c’est qu’elle doit obligatoirement s’accompagner d’un revenu de base universel

  4. @Winael : Je ne pense pas que l’exemple d’Ubuntu soit le bon pour illustrer ton commentaire. Ubuntu est un logiciel libre et je parle de services web fermés. Il n’y a pas de comparaison pertinente il me semble.

  5. pyg dit :

    Merci Philippe pour ces articles.

    Pour moi, nous sommes dans une période de transition.
    * Fait #1 : Nous sommes dans un monde de plus en plus numérique (internet, téléphone, TV, musique, livre, achats en ligne, etc. Sans parler du phénomène d’Uberisation que tu aborde).
    * Fait #2 : Les technologies changent l’Homme. (relations sociales, éducation, déplacement, façon de penser, de s’informer, de travailler, d’échanger, etc)
    * Fait #3 : Le modèle économique du numérique s’est déplacé d’un système capitaliste classique (place de marché), vers un système de monétisation de la captation et analyse d’informations.

    Données personnelles, profilage, contenus crowdsourcé. Evidemment, on reste en apparence sur un système classique en bout de chaîne (par exemple « Google est avant tout une régie publicitaire », si on regarde par le petit bout de la lorgnette), mais la *façon* de le faire (ici en captant des métadonnées en masse, et en étant capable de les analyser pour en tirer de la valeur) pose des problèmes éthiques.

    Par la possibilité d’imposer une bulle de filtre, Google peut avoir une influence *massive* sur la population qui utilise son moteur de recherche (plusieurs milliards d’être humains, quand même). Or, comme le dit Gilles, il n’y a pas d’alternatives réelle (même s’il existe des projets d’alternatives qui pourrait fonctionner, comme yacy.net, si on prenait la peine d’investir un poil de temps et d’argent dedans).

    Donc, partant des 3 faits cités plus haut, je pense que nous sommes dans une période de transitions où vont s’affronter deux modèles pour l’humanité (rien que ça) :
    * d’un côté poursuivre sur le modèle consumériste, qui n’a pas QUE des inconvénients, mais qui a cependant la limite incontournable d’avoir une planète avec des ressources finies. On va se prendre en pleine face la fin du pétrole, les différences de niveaux de vies entre population, les catastrophes sanitaires planétaires (épidémies, notamment), etc. Et pas dans 100 ans, mais dans les 20 années qui viennent. Donc, tu verra tes filles subir cela :-/
    GAFAM, malgré toutes ses innovations, poursuit et entretient ce modèle.
    * d’un autre côté un modèle alternatif (appelons le « société de contribution »), où l’individu reprends une partie du pouvoir numérique qui lui appartient de droit. Il n’est plus un consommateur passif. Il participe et co-construit la société dans laquelle il vit. Non plus juste en y apportant un équilibre entre capital et travail. Mais en pleine conscience que sa participation au bien commun (numérique ou non) sera ce qui lui permet de s’émanciper face au « modèle d’en face ».

    Et, pendant cette phase de transition, peu étonnant que des modèles hybrides (uberisation, crowdfunding, etc) voient le jour.
    Evidemment, étant un peu extremiste sur le sujet, je pense que seul le modèle du logiciel libre – ou plutôt les modèles – mettent en place une garantie que le modèle de la société de contribution ne sera pas récupéré par celui de la société de consommation (dont le fonctionnement intrinsèque est « d’absorber » la concurrence, sans jugement moral).
    Ces modèles du « libre » sont imparfaits, et pour ceux qui choisissent d’y adhérer, cela ne se fait pas sans douleur ni sacrifice (‘tain : 1 an après avoir quitté Gmail pour Thunderbird, je me trouve toujours bien moins efficace…). « La route est longue, mais la voie est libre », comme on dit chez nous.
    Tu l’as dit Philippe, et je suis content de te voir le réaffirmer : « La dégooglisation est une démarche nécessaire et indispensable ».
    Pour être franc, je n’ai aucune idée de savoir si on (collectivement) y arrivera. Mais je suis comme toi persuadé qu’il faut agir avant qu’il ne soit trop tard.
    Nous (Framasoft) avons choisi une voie parmi d’autres. Celle qu’on maitrisait le mieux et qui nous faisait le plus envie (c’est important, l’envie, quand tu pars faire un trek de 3 ans ! 😛 ), mais j’insiste ici, comme j’ai insisté chez Cyrille ou à l’April, que ça ne pourra fonctionner que si d’autres explorent d’autres voies.

    Alors soyons audacieux, soyons utopistes, plantons nous, explorons, faisons demi-tour pour mieux réavancer. Mais si on reste le cul sur nos chaises, à laisser tomber ce modèle contributif parce qu’il est imparfait, je suis intimement convaincu qu’on aura bien plus à souffrir qu’un simple passage d’internet à Googleternet. Ce qui se jouera sera en quelque sorte l’un des avenirs possibles de l’humanité (ouaip, rien que ça). Ca ne sera pas tout noir ou tout blanc, mais nous avons la possibilité de faire en sorte que ça soit un petit peu + noir, ou un petit peu + blanc. Et je crois qu’il ne faut pas laisser passer cette opportunité.

  6. bonob0h dit :

    Effectivement la journaliste peux se poser des questions en rapport avec les Libristes ténieux 😀
    D’un autre coté dans mon commentaire précédent
    http://philippe.scoffoni.net/degooglisation-bon-eleve/#comment-25121
    je rappelais une petite histoire ou j’étais proche sans compter qu’a cette époque j’avais encore un pied dans la TV qui est mon premier domaine pro ! Dans ce cas ce n’est pas des Libristes Ténieux qui sont responsables de l’orientation du reportage !

    @ Philippe Pour la désUberisation qui va de paire, allons y gaiment de la DéGAFAUtisation 😉

    @ Gilles Ce que nous rabâchons sur cette thématique, la DéGAFAUtisation ne peut se faire uniquement qu’avec un numérique d’avant garde bien au delà de ce que mettent en place les GAFAU !
    Dans le cas contraire les publics ne suivront pas un numérique libre d’arrière garde !

    @Winael attention a ton « travail » et tu a bien dit Travail sous entendu sous forme Bénévole ? car il ne génère aucune cotisation sociales et diverses, taxes etc dont l’économie à besoin pour faire fonctionner les besoins communs !
    Par ailleurs Ubuntu est aussi a mettre dans le même tonneau que les GAFAU dans la mesure ou cette entreprise est installée dans un paradis fiscale. Je rappelle aussi que le bénévolat au profit d’entreprise est qualifié et pénalisé de Travail Dissimulé et fait aussi partie de l’Esclavage Moderne même s’il n’est pas contraint par des confiscations de passeport ou autre et sanctions parfois physiques ! L’esclavage moderne que développe des Ubuntu n’est ni plus ni moins que de la manipulation telles les méthodes dites de sectes qui embobine pour faire croire à l’esclave qu’il est volontaire !

  7. @Winael & Bonoboh : je crois qu’on ne va pas comparer Google et ses copains avec Ubuntu. D’un côté j’ai un service fermé qui utilise mes données et de l’autre une distribution libre utilisable par tout le monde même si la gouvernance par une société basé dans un paradis fiscal pose problème. D’un côté, ça va être compliqué à remplacer, de l’autre y’a’ka’forker… Déjà Google et on verra après pour Ubuntu. Soit dit en passant, il est certain que sans Ubuntu, mon portable serait aujourd’hui sous Windows… Réglons déjà leur compte aux GAFA(U,M,etc…) 🙂