De l’intérêt d’une monnaie libre pour les logiciels libres ?

closeCet article a été publié il y a 11 ans 7 mois 7 jours, il est donc possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être expirées.
En complément : on se reportera au projet OpenUDC basé sur la Théorie Relative de la Monnaie

picsouVoici un article classé dans ma rubrique Opinions libres qui me sert à exposer à votre jugement des réflexions diverses et variées. Celle que je vous livre aujourd’hui m’a pris pas mal de temps car le sujet comme vous allez le voir est à la fois simple et complexe et je sais que je n’en ferais pas le tour aussi simplement.

Cela fait quelque temps que j’explore le sujet des monnaies virtuelles. Parmi mes sujets de réflexion concernant le logiciel libre revient souvent celui du modèle économique qui l’accompagne. C’est une question récurrente : comment peut-on vivre d’une chose que l’on donne où plus exactement que l’on rend libre d’usage ?

A l’heure actuelle parmi les modèles qui ont pu être identifiée, il en est un qui est en passe de devenir majoritaire : le Freemium et ce n’est pas PC Inpact qui me contredira.

Ce modèle a été conçu par Fred Wilson en mars 2006 et le terme « Freemium » proposé par Jarid Lukin. Dans ce modèle largement expliqué par Chris Anderson dans son dernier ouvrage « Free » (dont il faudra que je vous parle aussi), le produit est payé par quelques-uns pour que tous les autres puissent en bénéficier « gratuitement « . Il s’agit donc d’une pseudogratuité, car le coût a en effet été payé par d’autres. Ce modèle est aujourd’hui largement utilisé par beaucoup de sociétés commerciales éditant des logiciels libres ou open source (au sens de la licence).

Mais nous parlons là d’un modèle qui s’intègre dans le fonctionnement de notre société et qui implique à un moment donné la valorisation d’une activité ou des externalités de cette activité dans une monnaie. Le modèle du logiciel libre s’est construit sur la base de la contribution. L’ouverture du code a permis à qui le souhaitait d’apporter une amélioration, une correction au logiciel, un bout de documentation ou simplement signaler et décrire un problème. Cet apport se fait sans qu’il n’y ait une transaction valorisée entre celui qui contribue et celui qui reçoit. On peut aussi parler de don, mais je préfère le terme contribution pour son côté moins caritatif. Car je ne parle pas ici de charité, mais de rémunération.

Car il y a bien un échange de service entre le donneur et le receveur. C’est sur la base de ces échanges que s’est construit tout l’environnement des logiciels libres. Un véritable patrimoine, car il appartient à tous et ne doit pas disparaître. La perte serait immense.

Quand on réfléchit aux difficultés que peuvent rencontrer certains petits voir parfois grands projets pour survivre, on peut se demander s’il n’y aurait pas un moyen de mettre une valeur sur ces échanges. Car si on les comptait, on se trouverait probablement en présence de quelque chose de colossal. Les estimations que l’on peut voir circuler sur la valeur des logiciels libres dans nos monnaies traditionnelles donnent le vertige. On parle en milliards d’euro. Mais ce n’est qu’une valorisation du fruit de tous ces échanges qui eux n’ont pas eu de valeurs et bien des projets vivent concrètement sans revenus.

Alors faut-il une monnaie pour mesurer tous ces échanges ?

Si oui comment la créer et comment ne pas tomber dans les mêmes travers que ceux que nous rencontrons aujourd’hui ? J’ai cherché dans mes vieux cours d’économie de la fac. J’ai fait un DEUG MASS (Mathématique et Sciences sociales option économie) et pourtant je ne trouve pas trace de cours sur la création monétaire comme s’il n’était pas nécessaire de le comprendre.

Mes lectures numériques m’ont amenées à découvrir le site Création Monétaire tenu par Stéphane Laborde. Celui-ci nous parle de création monétaire, des travers du système existant et surtout du dividende monétaire qui permet de répartir de façon égale l’accroissement de la masse monétaire.

J’ai donc demandé à Stéphane de répondre à quelques questions pour éclairer notre lanterne.

Philippe Scoffoni : Stéphane, pour commencer, peux-tu nous dire ce qui t’a amené à t’intéresser à ces problèmes de monnaies ?

Stéphane Laborde : Très simplement par nécessité, par volonté de comprendre ce qui ne marche pas. Depuis 1997 je me suis lancé dans l’entreprenariat, j’ai vu et vécu la bulle internet de l’intérieur, j’ai vu l’effondrement de la bulle, j’ai vu l’appauvrissement des Français se généraliser, alors que l’Etat et les Entreprises qui dépendent de l’Etat, ainsi que les Banques affichent une santé insolente à côté. Quand on vit au sein d’un marché où les clients sont les individus et pas ces structures, on finit par comprendre dans une telle période qu’il y a un truc qui cloche avec la monnaie, parce que tout simplement on voit que les échanges ne se font pas, et de moins en moins alors que visiblement tout le monde travaille dur.

P.S : Lorsque l’on regarde de plus près les monnaies, on se rend compte que leur masse augmente de façon permanente, il se crée de la monnaie, mais nous n’en voyons pas toujours la couleur. D’où vient ce paradoxe ?

S.L : De paradoxe il n’y en a pas. La monnaie est créée par effet de levier, à partir du capital. Donc de façon mécaniquement concentrationnaire, plus vous avez de capital, plus vous avez droit soit à créer des crédits pour les autres si vous montez une Banque, soit à avoir accès au crédit si vous êtes une entreprise, ou un fonctionnaire ayant par définition un revenu garanti, et donc un capital garanti à terme. Tous les autres sont exclus du processus, et donc à moins d’avoir la chance qu’un des acteurs du système monétaire central vous achète votre produit, vous n’avez aucune possibilité de vendre votre production en monnaie officielle aux autres producteurs exclus de ce modèle pyramidal, vous devez alors développer le troc ou une monnaie locale ou communautaire (l’exemple du WIR en Suisse est frappant de ce point de vue, le WIR voit sa masse monétaire gonfler à chaque « récession »).

C’est donc comme au monopoly, celui qui prend l’avantage au début a 98% de chances de tout rafler à la fin avec ce système, c’est mécanique. Ca n’a rien à voir avec le capitalisme et le droit de propriété, c’est simplement le pouvoir de création monétaire, qui transforme un petit avantage capitalistique de 10% en avantage monétaire de 1000%. C’est de la fausse monnaie, mais c’est totalement invisible, la nouvelle monnaie créée, n’est en rien différentiable de l’existante…

Au monopoly c’est un peu pareil, dès que vous avez 3 couleurs, même les terrains les plus faibles, et que vous pouvez investir pour placer vos maisons, le jeu est terminé avec 98% de certitude quasiment.

P.S : Mais créer une nouvelle monnaie ce n’est pas un brin irréaliste ? Il faudra des banques à qui faire confiance pour stocker notre nouvelle monnaie, qu’il faudra contrôler, etc.

S.L. : Le WIR marche en Suisse, et marche bien. Ca peut être une solution que d’avoir une monnaie complémentaire locale ou communautaire, pour contrer la monnaie officielle. Mais j’ai envie d’ajouter que ça existe déjà les SEL se multiplient partout depuis quelques années déjà. A terme cependant quand la monnaie officielle revient, ces monnaies complémentaires ont tendance à disparaître. Ce que je dis de mon côté, c’est que si la monnaie officielle comprenait une part de Dividende Universel, les monnaies complémentaires n’auraient plus d’intérêt du tout, parce qu’elle serait bien plus efficiente, utilisable partout, et dense, sans possibilité d’assèchement local nulle part.

Dans les faits, la France ou l’Allemagne possèdent déjà le Dividende Universel sous la forme du Revenu Minimum qu’est le RSA par exemple. Mais ce Revenu disparaît quand vous travaillez, et peut être soumis à des conditions peu claires. Ce qui fait qu’il crée un fossé entre ceux qui le touchent et ceux qui travaillent. Si vous l’augmentez vous découragez le travail qui s’effondre. La seule solution pour le rendre totalement fluide et efficace est de le rendre inconditionnel et cumulable, charge aux impôts ensuite de considérer la totalité du patrimoine des citoyens afin d’évaluer leurs plus values Dividende Universel inclu, et d’imposer en conséquence.

L’avantage est bien sûr la sécurité psychologique pour tous relativement à l’outil essentiel qu’est la monnaie pour vivre en communauté, et donc l’incitation à s’enrichir normalement par le travail, et l’échange de ses produits avec autrui, sans avoir à payer de dîme obligatoire à ces affreux de Banquiers et Etats, surtout quand vous vous limitez volontairement ou pas à de petits échanges.

P.S : Si on créée une monnaie comment éviter les tentations spéculatives ?

S.L : Il n’y a pas à éviter quoi que ce soit. Le désir est le moteur de la vie et de l’économie. Ce qu’il faut éviter c’est que le désir de s’enrichir qui est légitime n’empiète pas sur la liberté des autres à échanger. C’est donc la monnaie qu’il convient de transformer afin que la thésaurisation des uns, ne soit pas un instrument de pouvoir sur les autres.

Viser la spéculation, les traders, ou toute la nature même des échanges économiques qui est de s’enrichir, dans le type de problème auquel nous sommes confronté est une erreur fondamentale. Fluidifions la création monétaire, et la spéculation n’aura qu’un impact très marginal sur la vie de la majorité. Utilisons une monnaie thésaurisable et non dense dans l’économie, et un petit nombre peut acquérir un pouvoir immense sur tous les autres.

P.S : Quels avantages l’adoption d’une monnaie complémentaire peut-elle apporter à une communauté de personnes ?

S.L. : L’avantage c’est d’être sûr d’avoir toute l’information sur cette monnaie, et de ne pas être floué par un manque d’information quant à son mode de création et de répartition. Adopter une monnaie complémentaire ne résoud pas en soi la question du type de système de création monétaire adopté, et un mauvais système aura les mêmes effets sur la monnaie officielle ou complémentaire.

P.S : Les logiciels libres sont, il me semble, caractéristiques de ce qu’est une économie du don. Mais contrairement à notre économie réelle, il n’existe aucune monnaie, réelle ou virtuelle pour permettre aux contributeurs de valoriser leurs échanges et aux utilisateurs d’offrir une forme de rémunération pour les logiciels qu’ils utilisent. Est-ce que l’existence d’une monnaie permettrait d’améliorer l’efficacité du modèle actuel qui fonctionne sans ?

S.L : Seul le Dividende Universel permettrait de rétribuer chaque membre de la communauté pour sa contribution collective. Par définition le don ne se mesure pas, parce que si on attend un revenu chiffré sur un don, ce n’est plus un don. Si par contre la collectivité décide de rétribuer chacun de ses membres pour sa part d’apport au bien collectif, par exemple les logiciels libres, c’est un don sans retour, ce n’est pas un prix, on ne mesure pas ce que chacun apporte, on donne à chacun la même chose, et c’est pour cela que c’est en accord avec ce qui est offert. On donne dans les deux cas.

P.S : Merci Stéphane pour le temps consacré à répondre à ces questions.

Que peut-on en dire ?

A la lecture des réponses de Stéphane l’utilité d’une monnaie virtuelle pour les logiciels libres dans le contexte actuel de crise économique semble patent. Mais ce n’est pas seulement la création de cette monnaie qui en soi serait importante. C’est aussi les régles selon lesquels l’augmentation de la masse monétaire serait distribuée. Pour bien comprendre ce qu’est le Dividende Universel, vous devriez lire les articles suivants :

Cependant, il ne peut s’agir que d’une monnaie complémentaire. Elle ne pourra pas vous servir à faire vos courses. Néanmoins si elle est d’une ampleur suffisamment importante, elle peut servir au payement de toute sorte de services : l’hébergement de son site, la réalisation de prestations pour un tiers, la déclaration d’un bug, etc. l’imagination est au pouvoir. L’avantage aussi de ce genre de monnaie serait sa fluidité et la facilité avec laquelle elle pourrait s’échanger. Aujourd’hui il est quoi que l’on en dise difficile de donner ou de rétribuer quelqu’un. Il faut au minimum disposer d’une carte de crédit, payer des intermédiaires, pour des montants parfois faibles.

Une de mes craintes si une telle monnaie devait exister serait peut-être la disparition de la notion de contribution. Au sens de la contribution que je fais « librement » et sans en attendre de revenu direct. Avec une monnaie virtuelle certains gros projets ne seraient-ils pas tentés de rémunérer leurs contributeurs ?

Et pourquoi pas ? C’est déjà se qui se passe déjà chez les éditeurs commerciaux de logiciels libres qui rémunèrent des salariés pour effectuer ce travail ou encore développer de nouvelles fonctions. Certains projet proposent même des récompenses à qui développera une fonctionnalité donnée. L’existence d’un revenu universel permettrait ainsi même au plus petit de se « payer » le luxe d’un coup de main pour son projet.

Pour revenir sur un terrain où je suis largement plus à l’aise voici quelques solutions libres pour gérer une monnaie :

  • Le projet Cyclos, écrit en java
  • Twitbank qui utilise twitter comme support des échanges de monnaies
  • open money

Il n’y a pas que Stéphane qui parle de monnaie, voici quelques articles parus sur le sujet qui m’ont semblés intéressant :

A noter également l’expérimentation en cours nommée Exploracoeur mais qui semble plus orientée vers un système de « reconnaissance » ou de mesure de l’e-reputation que d’une réelle monnaie. C’est la Twitbank qui est utilisée dans ce projet.

Tout cela parait bien difficile à concevoir, imaginer. Personnellement, même si j’ai du mal à en saisir encore tous les aspects pratiques, une petite voix semble me dire qu’il y a là une piste qu’il faut explorer. Mais pour cela, il faut que l’ensemble de la communauté des logiciels libres y adhère. Il y a donc un long chemin à faire et ça nous en avons l’habitude, même si d’un autre côté, il pourrait y avoir aussi une urgence à le faire face à la crise économique que nous traversons et qui risque d’être « durable ».

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Philippe Scoffoni

Je barbote dans la mare informatique depuis 30 ans (premier ordinateur à 16 ans, un ORIC ATMOS) et je travaille à mon compte au travers de ma société Open-DSI. J'accompagne les associations, TPE et PME dans leurs choix et dans la mise en oeuvre se solutions informatiques libres.

21 réponses

  1. phyrezo dit :

    Bonjour,

    pour le dividende universel, qui ne se veut pas une monnaie complémentaire, mais bien le système principale, vous pouvez signer l’appel au revenu de vie http://appelpourlerevenudevie.org/

    Si cette solution semble necore aujourd’hui provenir de quelques marginaux, elle est très serieusement discutée en Allemagne depuis l’arrivée des libéraux dans la coalition. N’oublions pas que Milton Friedman en était un grand défenseur.

    Pour les monnaie complémetaire, nous sommes en train de mettre en place le réseau MTM d’échange de ressources sur la monnaie sur http://transitionmonetaire.org et une association pour la promotion des monnaies locales

    Merci pour votre article

  2. pyg dit :

    Juste un commentaire un peu futile pour remercier Philippe (et Stéphane) pour cet article.
    Ca fait qq mois que je suis de loin en loin ce type d’initiatives (notamment open money et cyclos, j’avais aussi découvert exploracoeur il y a peu) et je partage ce sentiment de « ça à l’air un peu compliqué, certes, mais ne serait il pas en train de se passer qq chose sous notre nez ? ». L’effet « bon sang, mais comment a t on pu passer à côté ? » si vous préférez…

    Histoire d’être un peu plus constructif, en adhérent au SEL du coin, j’ai rencontré un gars qui cherchait à développer (en libre, of course) un logiciel de SEL performant mais moins complexe que Cyclos.
    C’est bête à dire, mais j’ai justement laissé tomber mon SEL quand j’ai vu la lourdeur du processus utilisé : édition d’un « catalogue » papier, mises à jour par email, mais pas de possibilité simple de contacter les gens autrement que par téléphone, comptabilité des « cailloux » (monnaie fictive du SEL) dans un fichier … Excel.

    Bref, un soft libre d’enchères (Drupal + modules ubercart (boutique) + auction (enchères) + karma (monnaie) + organic groups (groupes d’intérêts) ?), quelques légères adaptations, et il y aurait moyen de faire un truc infiniment plus efficace, décentralisé mais avec possibilité de réseau social partagé, installable et administrable par à peu près n’importe qui.

    Si des développeurs libres sont intéressés, je pense que l’idée est à saisir (moi, pas le temps pour le moment, mais d’ici 2 ou 3 mois, pourquoi pas).
    (et désolé si je ne répond pas sur le fond, mais c’est encore tres brouillon dans mon esprit)

  3. Antonin dit :

    Je trouve très étrange d’imaginer créer une monnaie parallèle pour le libre. Le fond philosophique du mouvement n’est-il pas le « donner, recevoir, rendre « ? Une logique purement social très loin des démarches mercantiles dont nous avons l’habitude.

    La logique du don qui caractérise le logiciel libre est incompatible avec la création d’une monnaie, tout simplement car le don ne se mesure pas et la monnaie n’est qu’un instrument de mesure de la valeur. Cela dénaturerait complètement l’origine philosophique du libre.

    Après la solution du revenu de vie, j’y suis vraiment favorable. J’ai d’ailleurs signé la pétition. Je pense que c’est une mesure qui pourrait être centrale et prétexte au rassemblement pour l’opposition écologiste, démocrate et social.

  4. Philippe dit :

    @Antonin : Peut-être est-ce étrange, mais comment réponds-tu à la problématique du « faire manger » les développeurs de logiciel libre. Je soumet l’idée d’une monnaie non pas pour remplacer la notion de donner/recevoir/rendre, mais pour permettre la mise en place d’une solution complémentaire ou de remplacement au système existant où le don en monnaie n’est en fait que la seule forme possible pour rémunérer dans notre système existant les développeurs de logiciels libres puisqu’il n’existe pas de système leur permettant de bénéficier en retour des externalités positives créés par leurs logiciels. Le système du dividende monétaire semble répondre à ce la car il rendrait d’une certaine façon le don (en monnaie) inutile. Une monnaie à dividende monétaire me semble apporter une réponse (mais c’est plus une intuition comme le dit Pyg qu’autre chose). Le revenue universelle auquel tu est favorable va de paire avec le dividende monétaire. La monnaie actuelle et ceux qui la contrôle actuellement ne sont pas prêt de lâcher le morceaux. Donc pourquoi ne pas en créer une autre ?

  5. Vitorio dit :

    Je rejoint Antonin pour dire que monétiser le libre c’est le transformer en commercial.

    Le plus rémunéré qu’un développeur libre peux être c’est d’être payé pour un développement par une entreprise (ou particulier) qui ne fait pas question de l’exclusivité du développement et tolère son partage avec d’autres sous une licence libre.

  6. Philippe dit :

    @Vitorio, encore une fois je n’ai pas parlé de monétiser le libre. Je parle de rémunérer les développeurs de logiciel libre et je pense que notre système monétaire n’est pas le mieux adapté. Une autre monnaie basée sur le principe du dividende monétaire ET du revenu universel offrirait une indépendance totale pour un développeur de logiciel libre qui n’aurait même pas besoin de chercher des entreprises ou des particuliers pour trouver les fonds nécessaires à assurer sa vie au quotidien.

  7. Vitorio dit :

    Euh, d’accord pour le libre. Mais je ne perçois pas bien la différence pour la rémunération. Que ce soit en euros, en dollars, en os de poulet ou en openmoney, pour que le développeur soit rémunéré il faut qu’il y ai quelqu’un qui le rémunère. Donc quelqu’un qui y voit un avantage dans le projet.

    La seule différence que je vois d’être payé 10 euros pour pondre quelques lignes de code ou 10 openmoney c’est la valeur des 2 monnaies (avec 10 euros j’achète 10 baguettes, avec 10 openmoney je peux peut être en avoir 5 ou 20). Et que l’employeur aura peut être plus facilement des openmoney en stock que des euros pour m’en fournir.

    Mais quant au fait qu’il faut qu’il y ai quelqu’un qui subventionne le travail pour que les autres en profitent gratuitement, cela ne change en rien.

  8. Philippe dit :

    C’est la façon dont cette rémunération lui est donnée. Bien sur qu’au final quelqu’un subventionne. Cette subvention est faite par le Revenu universelle qui si il est calculé selon le principe du dividende monétaire correspond à un % de l’accroissement de la masse monétaire résultant de l’activité économique. Chaque individu perçoit une part égale de cet accroissement. Ainsi en contribuant à l’économie au travers de son logiciel, il reçoit en retour un revenu qui représente sa contribution au bon fonctionnement de l’économie.

    Je ne sais pas si je suis clair et j’en doute un peu…. Le revenu universelle et le dividende monétaire sont des modes de fonctionnement pour lesquels nos esprits ne sont pas vraiment formatés, ce qui explique ma difficulté à l’expliquer pour l’instant. Je ne peux que conseiller de lire en détails les différentes références que j’ai fournies…

  9. MTM dit :

    Court pq j’écris depuis mon tlphone.

    Attention de ne pas mélangé dividende (ou revenu universel) et open mineur.

    Stéphane est partisan du revenu universel pour la monnaie officiel. Ce qui revient a augmenter la masse monétaire par distribution inconditionel a chaque citoyen (developeur open source ou pas) d’un dividende plutôt que par le crédit des banques.

    L’open money est un moyen de capter ou mesurer une valeur qui ne l’est pas par les monnaies conventionnelles: le partage le don la gratude (cf exploracoeur) par exemple.

    N’oublions pas que le sous entendu pejoratif qd. Vous dites « monetarisé » vient de votre relaon avc la dite monnaie. Changer de monnaie, vous changer la relation…

  10. Philippe dit :

    @MTM : je peux comprendre qu’il s’agisse de deux choses différentes. Mais pourquoi ne serait-il pas possible de créer une monnaie basés sur le revenu universel + dividende monétaire en parallèle de la monnaie officielle et qui puisse servir de base à des échanges de services ?
    Prenez le temps de répondre depuis un PC, j’ose pas imaginer ce que cela peut-être de répondra depuis un téléphone vu le temps que je met à écrire un SMS de trois mots 🙂

  11. MTM dit :

    Si vous voulez approfondir le sujet, n’hésitez pas à soumettre vos intérogations sur MTM http://transitionmonetaire.org, je ne serais pas le seul à intervenir. Le sujet est si complexe qu’il n’y a finallement pas de réponse mais uniquement des pistes de reflexions…

  12. MTM dit :

    de retour devant mon PC…

    @Philippe Bien sûr que cela est possible… d’ailleurs Stéphane Laborde tente de lancer un fork de l’#exploracoeur avec dividende universel : le Revsel

    il me semble tout de même intellectuellement indispensable de distinguer les deux. Déjà chacun demande un effort conceptuel.

    D’une part on a des monnaies complementaires dont l’open money serait l’infrastructure. La difficulté conceptuelle est d’appréhender une multitude de monnaie.

    Par exemple Villeneuve sur Garonne vient de lancer les abeilles une monnaie locale, une entreprise de Villeneuve pourrait très bien faire parallèlement parti du réseau européen B2B RESeur et utiliser cette monnaie pour ces échanges professionnel par exemple avec une entreprise Suisse qui utilise le WIR (l’interface étant réalisée). Comment tout cela doit fonctionner… un petit saut dans la complexité 😉

    Chacune de ces monnaies définies ses règles. Personnellement je suis plutôt partisan du crédit mutuel, mais d’autres pourront préférer une émission monétaire avec pourquoi pas un dividende pour chaque participant (on remarque ici que le terme universel n’est plus vraiment adaptée, car encore faut-il faire partie de la communauté).

    Chaque communauté fixe elle-même les règles qui régissent sa monnaie, certaines, infficaces, seront probablement absorbées par d’autres plus performantes.

    On the other hand, on a une réflexion sur le monopole de l’émission monétaire des banques pour la monnaie principale, ou officielle, l’euros par exemple. Et la on se dit qu’il serait plus juste que chaque citoyen de l’europe par exemple (pas vraiment universel non plus, mais pour notre perception), profite de cette accroissement de la masse monétaire par un dividende équitable, plutôt que ce soit les banques qui oriente cette création monétaire par le crédit. L

  13. Didier DURAND dit :

    Angle du sujet Open Source que je n’avais jamais perçu! … Merci pour l’article [et la citation]
    didier

  14. Vitorio dit :

    D’après ce que je comprends en fait, les 2 sujets sont distincts.

    Les logiciels Open Source et leur rémunération d’un côté et une rémunération plus égalitaire de l’autre.

    En gros (toujours si j’ai bien compris) la proposition c’est de créer (ou fédérer, vu que des actions dans ce sens existent déjà) une économie parallèle (qui pourrait même devenir principale) répartissant de façon plus égalitaire les richesses. En gros on arrête la partie de Monopoly, on reprends toutes les cartes et propriétés et on recommence le jeu en changeant les règles pour que la distribution soit plus équitable…

    Cela ressemble furieusement, dans ce cas, à des régimes qui ont déjà existé un peu partout dans le monde. La prise du pouvoir étant faite par une révolution, les riches se voient leurs bien confisqués et une nouvelle classe dominante se met en place. En générale ce nouveau pouvoir en abuse et les inégalités continuent (pas de la même forme, certes).

    Désolé du pessimisme. Un nouveau système plus égalitaire me plairait bien, mais pas construit de la même forme dont on peu voir les exemples un peu partout où les anciens régimes sont destitués dans des bains de sang – vous pensez que ceux qui ont le monopole de rue de la Paix avec un Hotel dessus et gagnant 2000 à chaque fois qu’un malheureux tombe dessus va accepter de redistribuer les cartes pour forcément gagner moins? – et les nouveaux régimes ne sont finalement pas si meilleurs que les anciens (pouvoir, corruption, toussa, toussa).

  15. MTM dit :

    @Vitorio Je comprends ton scepticisme. Lorsqu’on renverse un systeme pyramidale pour un système pyramidale, on n’a pas beaucoup fait avancer le schmilblick, sauf changer les dirigeant et couper quelques têtes.

    Ce n’est absolument pas le sens ni des monnaies complémentaires, ni du revenu universel.

    Ton raisonnement est presque bon, attardons nous sur les détails divergeant:

    Tout d’abord sur l’open money

    c’est de créer une économie parallèle répartissant de façon plus égalitaire les richesses
    presque.

    D’abord ce n’est pas une économie parallèle, mais une multitudes de micros/macro économies parallèles, ou je préfère complémentaires.

    On n’agit pas directement sur la répartition de la richesse, mais sur celle de la monnaie. Est-ce que c’est équivalent ?

    En gros on arrête la partie de Monopoly…
    Non, dans un premier temps en tout cas, la partie de monopoly continue, mais certains préfèrent jouer (partiellement) un autre jeu avec d’autres règles, par exemple se faire des passes de ballon. Il n’y a pas de perdant pas de gagnant, juste des joueurs… Les exclus du monopoly sont les bienvenus, mais aussi celui qui possède l’avenue Foch pourrait préférer jouer au ballon.

    …on reprends toutes les cartes et propriétés et on recommence…
    Attention, on n’a jamais parlé de toucher à la propriété de quiconque ni au bien fondé de son droit (au grand dam de certains marxistes-léninistes).

    Nous ne parlons ici que de modifier /compléter le système monétaire. Le système monétaire, n’est finalement qu’un système d’information, avec une architecture de cette information (émission centralisée, taux d’intérêt…). Nous partons du constat que ce système n’est pas optimal. Tu parles d’égalité, mais sans entrer dans des considérations philosophique et altruiste, on essaye ici d’analyser d’une manière pragmatique un système d’information : la monnaie, de mettre en évidence ses limites et de voir comment l’améliorer pour qu’il réponde mieux à sa vocation : favoriser les échanges et mesurer la valeur (la troisième, celle de réserve de valeur ne serait pas forcément atteinte, mais elle ne l’est pas non plus par notre système divergeant, cf. l’envolée actuelle du prix de l’or, qui présage d’une bonne hyper inflation)

    Celui qui à l’hôtel rue de la paix, continue d’en avoir la propriété et l’usufruit. Seulement sont locataire peut lui proposer de payer son loyer en abeilles plutôt qu’en euros, ou partiellement, libre à lui d’accepter ou non, en fonction de la valeur qu’il accorde aux abeilles. En général cela de deux éléments : quelle est la valeur de ce qu’il peut se procurer en abeilles et quelle est sa relation avec ce que représente les abeilles (en général la communauté qu’il y a derrière et ses valeurs).

    Les seuls qui seront affectés par cette modification et freineront des quatre fers la transition monétaire, sont les banques qui perdent ainsi le monopole de la monnaie, et voient d’un coup des échanges s’effectuer sans qu’ils puissent y prélever leur dîme (le taux d’intérêt sur toutes monnaies en circulation).

    Maintenant au dividende universel ou revenu d’existence

    C’est aussi une modification dans l’architecture du système, l’injection monétaire se faisant par le bas de la pyramide, plutôt que par le haut. A nouveau les seuls spoliés sont les banques qui perdent (au moins partiellement) leur pouvoir de création monétaire. Les avantagés sont tous les citoyen qui perçoivent dorénavant un dividende (pas ici non plus de changement dans les droits de propriété) Ceci leur permet de ne plus se soucier de leur subsistance, et de ne pas être « obligé » de se consacrer à des activités lucratives. La majorité cependant ne se contentera pas de se revenus et continuera à travailler pour l’économie. D’autres, artistes, développeurs open source, penseurs pourront se consacrer à leurs activités, richesse pour la société.

  16. Philippe dit :

    @MTM merci pour toutes ces explications qui éclairent bien nos lanternes je pense !

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