A part Canonical (?) qui pour libérer l’informatique dans l’éducation ?

closeCet article a été publié il y a 7 ans 3 mois 4 jours, il est donc possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être expirées.

educationLe Framablog nous livre la traduction d’une communication de Canonical relatant la livraison à l’éducation américaine d’ordinateurs portables Asus équipés d’Ubuntu. Une façon de prouver que GNU/Linux dans l’éducation c’est possible tout en regrettant que Canonical en soit à l’origine. Cependant, peut-il en être autrement ?

L’introduction de l’article montre toute l’ambivalence dans le cœur des libristes que peut générer ce genre d’informations.

On nous en voudra peut-être, pour ne pas dire sûrement, d’avoir traduit ci-dessous un communiqué de Canonical faisant la promotion d’offres Ubuntu de son partenaire Asus sur Amazon (uniquement aux US)

Canonical, c’est le vilain petit manchot du libre. Sécessionniste, sa distribution GNU/LInux Ubuntu devient au fur et à mesure des versions un système d’exploitation « à part ». Canonical est doté de son propre bureau Unity, bientôt de son propre système de rendu graphique Mir ; du coup, la liste des divergences ou des spécificités s’allonge un peu plus chaque jour. Pourtant c’est toujours du logiciel libre au moins au sens de la licence.

Voilà donc que Canonical s’associe avec ASUS pour proposer des ordinateurs portables équipés de son OS à l’éducation américaine. Il est possible d’imaginer que cette stratégie s’accompagne d’une démarche de prix cassés et de lobbying intense auprès des autorités concernées. Visiblement cela fonctionne. Alors pourquoi pas en France ?

Tout d’abord, il faudrait que Canonical s’intéresse à ce marché. Il y a peu de chances à mon avis, notre marché n’est probablement pas assez « gros ». Mais qui donc alors ? Aka nous suggère l’offre de ThinkPenguin.com avec la distribution Trisquel dedans par défaut, certifiée 100% libre par la FSF. Je suppose que c’est un trait d’humour.

Pour être plus réaliste, il vaudrait mieux se tourner vers une Debian ou encore Mageia voire, soyons fou, vers Archlinux. Mais au-delà des considérations techniques qui ont au final peu d’importance, pourquoi ces distributions ne peuvent-elles réussir ce que Canonical a fait ?

La raison est simple : leur modèle économique ne le permet pas. Dans les communautés Debian, Magieia ou encore Archlinux personne ne montera de partenariat avec un constructeur comme Asus avec toute une opération de communication et de lobbying en direction « des élus qui vont bien ».  On me répondra sûrement que ce n’est pas leur rôle. Soit, mais qui alors ?

Les enseignants ? Je doute fort que le salut vienne de ce côté-là, même si certains n’hésitent pas à mettre les mains de le cambouis pour introduire le plus possible de logiciels libres. Mais ils sont minoritaires et sans aide de leur administration et de la très grande majorité de leurs collègues. N’oublions pas non plus pour faire bonne mesure le peu de maîtrise de l’outil informatique en général.

L’état, les collectivités ? Je crois que c’est plutôt mal parti de ce côté déjà largement victimes du lobbying intensifs des poids lourds.

Des associations ? Elles n’en ont pas les moyens. Il n’existe pas de Mozilla de la distribution GNU/Linux. C’est bien là une des faiblesses du logiciel libre qui ne sait pas s’organiser de façon transversale pour assembler ses innombrables composants dans une suite cohérente et finalisée. La faute revient aussi à notre système économique où l’on ne prête qu’aux riches. Le privilège de la création monétaire est aujourd’hui la chasse gardée des grands groupes.

Le logiciel (et matériel) libre ne pourra percer dans l’éducation que le jour où « quelqu’un » aura réalisé l’assemblage d’une suite complète allant d’un Open Sankoré en passant par une gamme de tablettes, ordinateurs portables, PC fixes pour les salles de travaux pratiques sans omettre les indispensables contenus et j’en oublie sûrement. A cela doivent s’ajouter une communication et un travail de lobbying sans faille. Bref un chantier titanesque.

Pourtant tout est là, libre et sous nos pieds. La question des moyens reste entière et il n’est pas étonnant de constater qu’à ce jour seul un Google ou un Microsoft a la capacité de réaliser une telle opération. Le logiciel libre (le vrai) est-il désarmé ? Oui tant qu’il continuera à s’enfermer dans des modèles qui n’ont aucune chance de fonctionner dans notre économie actuelle. L’associatif basé sur le bénévolat, à moins de créer un grand front uni et d’associer toutes les énergies, n’en aura pas la capacité.

Point de salut alors ? Pas sans changer le système économique ce qui prendra probablement des années ou sans le « hacker » en utilisant les possibilités qu’il offre à ce jour et développer une économie d’intérêt général favorable au développement du logiciel libre (le vrai). Sur ces deux aspects, des propositions existent, j’en ai déjà parlé sur ce site ; d’autres mènent leur combat. Mais visiblement, elles n’attirent pas les foules probablement peu conscientes. Encore moins ceux qui se satisfont de façon égoïste des limites de l’environnement dans lequel ils évoluent pour en tirer un profit personnel.

C’est le sens de ma série d’articles en cours sur l’économie de la rareté et les logiciels libres : essayer de faire comprendre et d’éveiller (en toute modestie et à ma petite échelle) les consciences à la nécessité de mettre en place une économie spécifique aux vrais logiciels libres. Il n’y a guère de solutions miracles, mais si nous sommes réunis, il existe des moyens.

Sur le Framablog : GNU/Linux dans l’éducation : il n’y a plus d’excuses là !

Post-scriptum : pour celles et ceux qui se demandent ce que pourrait être un « faux » logiciel libre, je les invite à suivre ma série sur l’économie de la rareté et les logiciels libres. Il y sera question d’open source 😉

Philippe Scoffoni

Je barbote dans la mare informatique depuis 30 ans (premier ordinateur à 16 ans, un ORIC ATMOS) et je travaille à mon compte au travers de ma société Open-DSI. J'accompagne les associations, TPE et PME dans leurs choix et dans la mise en oeuvre se solutions informatiques libres.

7 réponses

  1. david96 dit :

    Article très intéressant et instructif. Merci.

  2. Eric Seigne dit :

    Bonsoir,
    je suis heureux et triste à la fois 🙂 heureux de voir que je ne suis pas le seul à faire ce constat … et triste de voir que notre offre n’est pas encore assez visible pour que vous soyez au courant :o)

    Je fais un très gros résumé de 15 années de travail acharné pour arriver exactement à la situation d’aujourd’hui qui apporte une réponse complète à votre question: qui d’autre que canonical ? ben nous, ryxéo avec notre produit abuledu, tout simplement :o)

    Je détaille un peu ? AbulÉdu, c’est donc 15 années passées dans les écoles primaires, à regarder, analyser et chercher des solutions.

    Une chose importante avant tout, sachez que la totalité de nos développements sont modulaires, vous n’avez donc aucune obligation de prendre AbulÉdu dans sa totalité, chaque élément respecte des protocoles de communications normalisés et standards.

    Les voici donc en détail:
    1. le serveur qui authentifie les utilisateurs, stocke les fichiers et les sauvegarde (backup interne + externe), gère les imprimantes, les postes (déploiement, réinstallation à neuf, utilisation de clonezilla et d’outils « maison » qui nous a amené à releaser le module de déploiement en autonome, http://www.nouvalinux.org) la connexion internet, la filtre, collecte les logs en respectant les obligations légales
    2. les applications, multiplateformes, qui marches windows, linux et mac (android en cours de portage), s’authentifient sur un serveur SSO (cf cahier des charges du ministère, donc sur un serveur abuledu ou n’importe quel autre qui respecte la doc)
    3. l’ENT http://ent.abuledu.net encore une fois, SSO et autres respects des standards, vous voulez vous connecter sur le serveur de fichiers de l’ENT ? c’est du webdav (en https) tout simple
    4. Les ressources, ha tiens, c’est de ça qu’on parle depuis 15 jours et ça fait un peu frémit la twitosphère: http://data.abuledu.org
    5. Le matériel: on est transparent et on marche sur n’importe quel hardware mais nous avons aussi un beau partenariat avec UNOWHY qui produit des tablettes dont une version spéciale écoles primaires est en expérimentation dans 3 écoles de ma commune pour valider le produit et surtout concevoir des applications, contenus et vérifier que c’est une bonne idée de mettre des tablettes entre les mains des enfants
    6. Une réalité économique ? heureusement, je paye mes salariés grâce à notre travail, nous avons également une vingtaine de revendeurs qui maillent le territoire national et sont en mesure de déployer nos solutions.

    Alors, que manque-t-il ? hé bien un gros coup de pouce sur la communication, on y travaille, nos sites sont encore trop fouillis (mais c’est lié au modèle de développement « bazaar », cf « la cathédrale et le bazaar » que je vous conseille de lire si vous ne connaissez pas) …

    Il faudrait aussi une grosse prise de conscience de nos politiques pour résister aux sirènes d’apple et google et de tenir fermement des positions claires concernant les technologies qui n’enferment pas nos utilisateurs dans des pièges à 5 ou 10 ans … (on utilise gratuitement des applications « cloud » pour se rendre compte ensuite qu’on a « perdu » le contrôle de nos données).

    Je suis vraiment à votre disposition si vous voulez en parler un peu plus, détailler notre offre et vous expliquer notre vision globale de l’éducation et du logiciel libre.

    Bien amicalement,
    Éric

  3. Philippe dit :

    Bien sûr que je connais abuledu 🙂 Je suis passé sur le site il n’y a pas longtemps lors de l’annonce de Data justement… Il y a plein d’initiatives ce n’est pas ce qui manque, je n’ai pas essayé de les lister, j’en aurais oublié de toute façon. Et les commentaires sont ouverts à ceux qui veulent se faire connaître…Façon d’inciter aussi à la participation en complétant l’article 😉

  4. Xavier Philippon dit :

    J’ai un autre grief à l’encontre du libre.
    En temps qu’utilisateur, j’ai vu mon interface Gnome se transformer en une infâme m…e depuis quelques version. Sous prétexte d’unifier les tablettes et les PC, on a simplifié, dépouillé, supprimé des raccourcis claviers, …
    Pour ma part, l’interface Unity est trop simplifiée. Je n’ose faire l’apologie de Linux et J’ai même failli passer définitivement à Seven !
    Heureusement, Cinamon et Mate devraient être nativement intéfrées à Mageîa 4 …

  5. Galuel dit :

    Excellent article ! J’y mettrai juste une remarque à propos de :

    « d’autres mènent leur combat. Mais visiblement, elles n’attirent pas les foules probablement peu conscientes. »

    J’aurais mis à la place de « Mais visiblement, elles n’attirent pas les foules », quelque chose de plus conforme à la réalité comme « le projet est encore très jeune, diffère des monnaies non-libres telles que le bitcoin, puisqu’il se fonde sur les utilisateurs, et est en pleine phase de développement ».

    D’ailleurs la preuve en est que OpenUDC 0.3 vient tout juste de sortir du four ! 🙂

  6. On voit déjà la dérive du « logiciel libre = logiciel gratuit », qui simplifie les choses au point de ne donner aucune valeur au travail des programmeurs. Rappellez vous : des milliers de lignes de codes, c’est des heures de travail ! Un logiciel libre est un cadeau magnifique, pas une facilité.

  7. Cybereric dit :

    Merci pour cet article intéressant et par avance pour ceux à suivre…

    Quelques liens avec celui de Cyrille >>> http://cyrille-borne.com/index.php/post/2013/12/05/quand-education-rimera-avec-pognon-alors-peut-etre