WUALA ferme ses portes ou de l’importance de maîtriser son informatique

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wualaL’annonce a été faite en plein mois d’août, et a dû quelque peu gâcher la rentrée de ses utilisateurs. Ce service en ligne lancé il y a maintenant plusieurs années dans la foulée des Dropbox et autre outil de stockage et de partage de fichiers en ligne avait misé dès le début sur la confidentialité et la sécurité des données.

C’était en effet à l’époque l’un des rares, si ce n’est le seul, à proposer un chiffrement des données par le poste de travail. Autrement dit, vos fichiers étaient chiffrés avant leur envoi vers les serveurs de Wuala qui n’avait donc aucun moyen de les consulter. De même en cas d’intrusion sur ces mêmes serveurs, les données même subtilisées sont illisibles.

Il faut croire que l’argument à peu porté puisque Wuala ferme ses portes.

À partir du 30 septembre 2015, le service passera en « lecture seule » et sera définitivement fermé le 15 novembre 2015. Les utilisateurs sont prévenus et doivent récupérer toutes leurs données si elles n’étaient pas synchronisées dans leur intégralité sur leur poste. Wuala propose à ses futurs ex-clients un assistant de migration vers un autre service similaire TresorIt. Une de ses nombreuses sociétés suisses qui font de la sécurité numérique leur cheval de bataille.

À ce sujet, la Suisse me semble un très bon exemple de transformation numérique en passe de réussir. L’adaptation de ses textes de loi et l’ensemble des offres de services numérique semblent montrer qu’après avoir fait de la confidentialité et de la sécurité bancaire leur marque de fabrique, la Suisse prend le même chemin en ce qui concerne les données et le numérique.

So what ?

Cette « défaillance » d’un service web n’a en soi rien d’extraordinaire si ce n’est qu’elle démontre une fois de plus l’importance de maîtriser son informatique. S’il n’y a pas de perte de données potentielles, il y a perte de temps et le temps c’est de l’argent. À l’échelle d’un individu, c’est tout au plus l’affaire d’une paire d’heures. À l’échelle d’une entreprise ayant intégré cet outil dans ses processus de fonctionnement, c’est tout de suite beaucoup plus cher…

D’où l’intérêt pour les professionnels de privilégier des solutions dont vous avez le contrôle. Pour le grand public aussi, mais la problématique et les réponses sont différentes. Ces solutions, des logiciels libres ou open source, il en est question régulièrement sur ce site. Dans le domaine du partage de fichiers, je ne citerais que les trois principales : Owncloud, Pydio et Seafiles.

Au-delà de la solution technique, il ne faut pas négliger les conditions dans lesquelles ces logiciels sont mis à disposition. J’ai tendance à penser que l’entreprise soit être « propriétaire » de son hébergement. Pour être concret, c’est à elle de louer l’infrastructure qui porte le logiciel et de faire installer, gérer et maintenir le logiciel libre de son choix sur cette plateforme. Ainsi en cas de défaillance ou de qualité de service insuffisante de la part de son prestataire, elle peut en changer sans pour autant avoir à subir de migration et de changement dans son organisation.

Encore qu’avec les services en ligne à base de logiciels libres et un contrat incluant une clause de réversibilité mentionnant explicitement la remise en cas de départ des données ET de l’application, la migration devient un moindre mal.

C’est en tout cas cette orientation et ses principes que j’ai mis en place pour les hébergements que je propose à mes clients. Ils choisissent leur hébergement en fonction de leurs attentes en terme de qualité de services, de budget et de la sensibilité des informations qu’ils vont stocker en ligne. Cela va de l’hébergement mutualisé à 5 € par mois à des serveurs dédiés (virtuel ou pas). Je me contente de superviser, mettre à jour, sauvegarder et offrir un support à l’utilisation. Je propose aussi des hébergements sur mes serveurs pour offrir du service « haut de gamme » où il est impératif de maîtriser un maximum d’éléments, mais avec la fameuse clause de réversibilité ! Ne cherchez pas trop sur mon site professionnel, la nouvelle version arrive bientôt 😉

Philippe Scoffoni

Je barbote dans la mare informatique depuis 30 ans (premier ordinateur à 16 ans, un ORIC ATMOS) et je travaille à mon compte au travers de ma société Open-DSI. J'accompagne les associations, TPE et PME dans leurs choix et dans la mise en oeuvre se solutions informatiques libres.

8 réponses

  1. nIQnutn dit :

    une coquille « l’entreprise soit être »

  2. bonob0h dit :

    Le pire c’est qu’ils ne semblent même pas annoncer la divulgation de leurs sources alors même que si je ne me trompe pas les outils de wuala étaient a l’origine opensource …

    D’un autre coté pour certains services de conservations / sécurités de données / cloud, les entreprises du numérique sont elles vraiment adaptées ?
    La solution ne passerait elle pas par des structures type Banque/Assurance et/ou Associatives et utilisant des logiciels libres / opensource !

  3. nicosomb dit :

    Framasoft arrive prochainement sur ce terrain, préparez-vous …

  4. @bonob0h je ne me souviens que cela ait été open source à un quelconque moment… Manque de référence comme dirait Wikipédia 🙂
    Des structures adaptés, oui pourquoi pas notamment pour dissocier ce qui est solutions pour particuliers, entreprises, secteur public, etc…
    Après il n’y a pas aujourd’hui sur le stockage des données de statut juridique spécifique et c’est probablement un manque à combler..
    @nicosomb : du teasing 🙂 ? Si Framasoft se lance dans le stockage de données gratuitement, je ne suis pas sur que ce soit bien tenable. Sans vouloir faire la mauvaise langue j’ai eu pas mal de soucis cette semaine en essayant de faire du Framapad. Tant qu’à confier mes données une asso aujourd’hui, j’irais chez la Mère Zaclys qui a déjà un bon passé/expérience sur le sujet et un embryon de modèle économique pour stocker les To de ses adhérents. Mais j’imagine qu’une solution à cette problématique a été prévue chez Framasoft 🙂

  5. J’ai opté pour un serveur local. J’ai la chance de connaitre un très bon informaticien qui a mis en place un serveur de machines et virtuelles, et maintenant, j’ai un Chard’assault suisse ( un couteau suisse pour entrer en guerre sans me soucier de ce problème, les sauvegardes sont faites, la machine est sous supervision…. ca roule, et pour longtemps)

  6. Xavier G. dit :

    Avant d’être racheté par LaCie, Wuala proposait une fonction géniale : du stockage chiffré par P2P : plus on mettait à disposition d’espace de notre disque dur pour « accueillir » aléatoirement les données des autres utilisateurs, plus on pouvait uploader de nos propres données. Alors c’était en propriétaire de mémoire, mais c’est un modèle gratuit (hors coûts de connexion et bande passante) qui explose tous les concurrents de cloud, et sur le modèle de Syncthing, à la différence que là on a nos backups dans le réseau maillé d’utilisateurs.

    Il faut avoir confiance dans le chiffrement (quitte à en rajouter une couche en local avant envoi), donc ce n’est pas à proprement parler un clone de Dropbox, Owncloud & Co, ni même du sus-mentionné Syncthing, car on n’a pas de synchronisation en temps réel accessible sur tous supports. C’est plus réservé à des sauvegardes (totales ou incrémentielles) régulières (via Déjà Dup, Rsync ou autre) pour venir compléter ses propres stockages locaux et externes (disques durs, cloud, NAS…), une précaution supplémentaire en cas d’incendie / cambriolage ou fermeture d’un service.

    Il existe je crois un équivalent libre, Tahoe-LAFS, mais assez ardu et difficile à mettre en place sans un peu de connaissances techniques, et je ne connais pas de grille publique facilement accessible. Si c’est ce genre de chose que veut démocratiser Framasoft, c’est génial !

  7. Si c’est ça que prépare Framasoft (du stockage en P2P réparti) alors je signe aussi 🙂

  1. 9 septembre 2015

    […] Le service de stockage et de partage de fichiers en ligne ferme ses portes. Une histoire qui rappelle l'importance de la maîtrise de son informatique par les entreprises face à la montée en puissance du "tout cloud".  […]