Quand le logiciel propriétaire finance (un peu) le logiciel libre

closeCet article a été publié il y a 9 ans 8 mois 29 jours, il est donc possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être expirées.

Merethis éditeur du logiciel libre Centreon publie également des modules complémentaires sous licence propriétaire. C’est la solution qui a été trouvée par cette société pour améliorer ses revenus et se distinguer de ses concurrents. Faire du logiciel propriétaire pour financer du logiciel libre nous montre une des faiblesses de ce dernier dans le contexte de notre société et des modèles économiques usuellement mis en oeuvre.

Interview Merethis centreonParmi les thèmes qui m’ont été donnés d’aborder lors des interviews du dernier salon Solution Linux, il y avait celui de l’open core. Une pratique consistant à diffuser les fonctionnalités du cœur d’un logiciel sous une licence libre ou open source. Ce cœur est alors encapsulé dans un logiciel propriétaire bien plus complet.

Une approche qui permet de mixer des revenus classiques d’éditeurs de logiciel propriétaire et de mutualiser éventuellement avec d’autres partenaires du code qui reste ouvert. Un modèle particulièrement apprécié dans le secteur des services en lignes. Facebook ou Twitter ont leur page de projets open source auxquels ils contribuent activement.

Pour défendre cette approche, Cédric Temple est venu répondre à mes questions et expliquer les raisons qui selon lui justifiaient le recours à cette pratique. Il est chef de projet à la société Merethis qui édite le logiciel libre de supervision Centreon. La vidéo est accessible sur Youtube (sans Flash si votre navigateur supporte HTML5).

Les prestataires « indignes »

Tout d’abord, il nous explique les raisons qui ont concouru à la création de modules propriétaires pour le logiciel Centreon. Merethis apporte aujourd’hui 80% des contributions au code de Centreon. Pour financer ce développement, la société a mis en place tout un panel d’offres de service.

S’agissant d’un logiciel libre sous licence GPL2, rien n’empêche qui que ce soit de proposer les mêmes services. Merethis doit donc faire face à des concurrents qui vont proposer des prestations identiques, mais à un tarif bien moindre. Dans l’absolu, il n’y aurait pas de  problème, c’est la règle du marché.

Cependant dans le cas du logiciel libre, si ce prestataire n’apporte aucune contribution au logiciel en retour, le modèle vertueux du logiciel libre est cassé. Merethis et sa communauté financent le développement alors que d’autres en exploitent les fruits sans retour, voir en dégradant l’image du logiciel auprès des utilisateurs quand ce n’est pas l’image des logiciels libres tout court.

Ce manque à gagner pour le contributeur principal qu’est Merethis l’a donc poussé (à contre cœur précise Cédric Temple) à développer des modules complémentaires pour Centreon mis à disposition sous une licence propriétaire. Une façon d’améliorer les revenus de la société et de la distinguer de ses concurrents. On pourra cependant opposer à cela le fait que 20% du logiciel est développé « gracieusement » par les autres membres de la communauté.

Mais il est vrai que si ces prestataires « indignes » contribuaient ne serait-ce que financièrement au développement, la nécessité de recourir à du logiciel propriétaire pour financer du logiciel libre pourrait être inutile. Or il n’existe aucune possibilité légale de les y obliger, hormis créer une licence spécifique.

Faire du propriétaire pour faire du libre

Pour résumer et reprendre le titre de cet article, du logiciel propriétaire aide au financement d’un logiciel libre. Dans le cas présent, je pense que nous sommes loin du « vrai » open core. Considérer Centreon et toutes ses fonctionnalités comme un « cœur » de logiciel est pour le moins réducteur. La vraie approche open core consiste en un coeur dont on ne peut pour ainsi dire rien faire sans développement complémentaire. Du moins, c’est la définition que je m’en fais.

On voit ici toute la difficulté pour le logiciel libre à se financer et à se développer dans un environnement économique dont les principes ne lui sont pas favorables. Rien d’étonnant donc à ce que l’open source ait vu le jour et fonctionne parfois mieux que le logiciel libre. Ce qui ne veut pas dire que je m’en réjouisse.

D’autres modèles sont à explorer dans l’attente de l’avènement d’une société plus propice à leur développement naturel, mais tout en gardant à l’esprit certaines valeurs d’équité. Faire en sorte que ceux qui peuvent payer le fassent que ce soit en monnaie sonnante ou en contribution sous forme de code. Mais est-ce bien le rôle des entreprises de gérer cette problématique ?

Votre avis ?

L'explication de Cédric Temple vous a-t-elle convaincu ?

  • Oui (38%, 16 Votes)
  • Non (33%, 14 Votes)
  • Sans avis (29%, 12 Votes)

Nombre de votes: 42

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Peut-on financer du logiciel libre avec une part de logiciel propriétaire ?

  • Ca dépend (48%, 19 Votes)
  • Oui (30%, 12 Votes)
  • Non (20%, 8 Votes)
  • Sans avis (3%, 1 Votes)

Nombre de votes: 40

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Les licences de logiciels libres présentent-elles un défaut, car ne permettant pas d'obliger à la contribution, même financière ?

  • Non (67%, 28 Votes)
  • Oui (26%, 11 Votes)
  • Sans avis (7%, 3 Votes)

Nombre de votes: 42

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Ne faudrait-il pas revoir toutes ses licences de logiciel libre pour en faire une uniques et à tiroir qui prennent en compte aussi les aspects financiers ?

  • Non (50%, 21 Votes)
  • Oui (36%, 15 Votes)
  • Sans Avis (14%, 6 Votes)

Nombre de votes: 42

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Les logiciels libres doivent-ils être produits par des sociétés commerciales ?

  • Oui si l'entreprise a une association/fondation comme actionnaire principal ou majoritaire (39%, 17 Votes)
  • Oui (20%, 9 Votes)
  • Non (20%, 9 Votes)
  • Sans avis (20%, 9 Votes)

Nombre de votes: 44

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Philippe Scoffoni

Je barbote dans la mare informatique depuis 30 ans (premier ordinateur à 16 ans, un ORIC ATMOS) et je travaille à mon compte au travers de ma société Open-DSI. J'accompagne les associations, TPE et PME dans leurs choix et dans la mise en oeuvre se solutions informatiques libres.

7 réponses

  1. David dit :

    À cette heure de la nuit, j’ai regardé la vidéo, je suis plutôt mitigé, j’ai envie de dire  m’ouai… Je retenterai avec l’esprit frais 😉

  2. chaica dit :

    Je n’aime pas beaucoup ce terme de « prestataires indignes ».Que des personnes qui déploient Centreon ne fassent pas de feedback envers le projet, soit, c’est regrettable. Mais elles contribuent quand même à augmenter la base installée et le nombre d’utilisateurs de Centreon. De plus, les alternatives dans le monde du libre à Centreon sont nombreuses, le fait que ces prestataire choisissent Centreon devraient être ressentis comme quelque chose de flatteur plutôt que comme un « ouais ces voleurs ne nous font pas de retour ». Je suis franchement un peu surpris.Pourquoi la société Merethis ne peut-elle pas proposer ses prestations au même niveau tarifaire que ses concurrents ? Son problème ne vient pas du logiciel libre, mais peut-être avant tout de choix commerciaux internes. Alors si elle n’arrive pas à se battre sur le terrain du service (terriblement concurrentiel en France je pense), c’est regrettable, mais je pense que ça n’est pas une raison pour dénigrer ceux qui y arrivent et de taxer leur comportement « d’indigne ».Maintenant l’article et le choix de ce modèle mixte montrent bien qu’il n’a pas de business-model 100% libre simple, je pense qu’un grand nombre de nouveaux entrepreneurs souhaitant développer et utiliser le libre le comprend. Mais ça n’est pas une raison pour moi pour commencer à mépriser une partie de ses utilisateurs, qui contribuent quand même peu ou prou au logiciel libre en général, ne serait-ce que parce qu’ils en sont justement des utilisateurs.

  3. Philippe dit :

    @chaica : une précision, ce terme de prestataire indigne vient de moi et pas de Cédric Temple.

    Attention aussi à ne pas généraliser à outrance le propos. Il n’est pas écrit que tous les prestataires sont indignes.
    Personnellement, je pense que tout utilisateur de logiciel libre doit d’une façon ou d’une autre renvoyer l’ascenseur. Alors peut-être que certains de ces prestataires ne le renvoit pas à Centreon mais à d’autres projets. Possible et invérifiable.
    Il ne faut pas non plus se voiler la face sur les pratiques de pas mal de société de service informatique vis à vis du logiciel libre. il y a là un tabou il me semble et en parler est indécent je le sais.
    Mais ça n’est pas une raison pour moi pour commencer à mépriser une partie de ses utilisateurs On ne parle pas ici non plus des utilisateurs mais des intégrateurs, ne mélangeons pas tout.

  4. bonob0h dit :

    @ Chaica … ne faut il pas s’indigner AUSSI de ses entreprises qui profitent du coté opensource et libre pour faire travailler gratuitement des bénévoles !???

    Ceci alors même que dans tous les pays il y a des lois interdisant le travail non rémunéré pour le compte d’entreprises !

    Qui irait travailler à faire l’animateur, le guide, etc bénévolement pour un parc d’attraction sous le prétexte que la personne est un passionné !

    L’informatique serait elle un domaine a part !? Que je sache ! Non !

    Alors oui il y faut s’indigner … mais surtout il serait temps d’agir … avec d’autres modèles économiques et sociaux … en matière de licence … de rémunération du libre … de l’ouverture à d’autres compétences que les seuls développeurs techniques

    Dans le cas contraire l’indignation finira par révolution coupeuse de têtes ! Avec par exemple fortes amendes, peines de prison, paiement de salaires aux « bénévoles » et cotisation sociales, redressements fiscaux, et j’en passe et des meilleurs … comme le stipulent ne serait ce que les lois Françaises, Article L324-9 et suivants du Code du Travail*, et celles similaires dans quasiment tous les pays !

    Bref de quoi faire pas mal de dégats dans l’opensource et le libre … financièrement, en terme d’image, projets, etc …

    * quelques liens :
    http://www.travail-emploi-sante.gouv.fr/informations-pratiques,89/fiches-pratiques,91/embauche,108/les-sanctions-liees-au-travail,656.html

    http://www.avocats-picovschi.com/travail-dissimule-quelles-sanctions_article_297.html

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Travail_dissimul%C3%A9

  5. chaica dit :

    @philippe : un intégrateur est aussi un utilisateur des solutions qu’il intègre. Il télécharge le logiciel, met en place la solution chez le client, teste que tout va bien puis passe la main. Il l’a utilisé, la met en place régulièrement et sait ce qu’elle fait et est capable de faire.

  6. @chaica:
    Bonjour Carl,

    Comme le dit Philippe, il ne faut pas généraliser mon propos :-). Des prestataires installent Centreon chez leurs clients : ceci est très bien, nous n’avons rien contre cela bien au contraire. Nous savons que cela augmente la présence de Centreon et nous en sommes satisfaits.

    Le point dont je parle dans cette interview est que certains prestataires (pas tous, une minorité) diminue fortement les prix, même en sachant qu’ils ne pourront être rentables sur ce projet pour juste être référencé chez ce compte et pousser généralement du logiciel propriétaire par la suite (gestion de ticket, déploiement automatisé d’applications, …). Ces prestataires sont minoritaires. Mais ils existent. Le projet pâtit de l’absence de qualité dans l’intégration et le prestataire dit « ce n’est pas moi, c’est du logiciel libre, ça peut tomber en marche mais généralement y’a des bugs et on n’y peut rien ». C’est donc Centreon et toute sa communauté qui en paie le prix. C’est même tout le Libre en général qui en paie le prix.

  1. 8 juin 2011

    […] Ne croyez-vous pas qu’un frein majeur au développement des logiciels libres soit justement la nécessité de gagner de l’argent sur la rareté ? Bien sûr, il est possible d’être rémunéré indirectement, par les services, le support… Mais est-ce suffisant ? Les entreprises sont même parfois contraintes de financer le logiciel libre par le logiciel propriétaire… […]