Instantanéité quand tu nous tiens, des résolutions pour 2012 ?

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J’ai écouté hier le podcast de l’émission Place de la Toile dans laquelle intervenait Thierry Crouzet à l’occasion de la sortie de son dernier livre « J’ai débranché ». Il raconte son expérience de six mois de déconnexion totale avec le Web et Internet. Si ses constats ne me surprennent pas, ils m’incitent à faire quelques pas supplémentaires pour m’éloigner davantage de cette soif de l’instantanéité qui caractérise l’évolution actuelle du web et des outils de communication d’une façon générale.

Hyper-connexion

Nous vivons dans une époque hyper-communicante. Du moins dans nos contrées dites « civilisées ». Il est des endroits de la planète où aller à la rencontre de son voisin reste un long voyage.

Dans les évolutions de ces dernières années, le développement du web, des réseaux sociaux, mais aussi et surtout des moyens de communication ont rendu plus facile voire banal le fait de pouvoir être joint, mais aussi de joindre une personne.

Au tout début, était le téléphone portable, première révolution de l’hyper-connexion. Vous êtes désormais joignable où que vous soyez et de surcroît bien souvent n’importe quand.

Ce dernier point a permis à la sphère professionnel de déborder sur la sphère privée. Qui n’a pas – moi le premier – guetté d’un œil inquiet son portable professionnel durant ses vacances avec la sourde angoisse de le voir s’agiter. Mélange des sphères renforcé par l’apparition des réseaux sociaux où l’on s’expose plus ou moins publiquement, plus ou moins consciemment. Les histoires d’employés licenciés à cause de leur activité sur ces derniers ne manquent pas

Cette hyper-connexion nous a rendus capable à tout moment de savoir ce qui se passe, ce qui se dit sur le Web. Nous avons désormais basculé dans l’instantanéité. Sommes-nous plus efficaces ? J’en doute.

Déconnecter

Plus que jamais, je crois que nous devons regarder nos comportements vis-à-vis de ce formidable outil que nous avons entre les mains. Personnellement, les propos de Thierry Crouzet et son retour d’expérience, conjugués à d’autres évènements récents, m’amène à penser que la déconnexion est un acte quasi-salutaire que nous devrions tous pratiquer. Tout outil technologique est à la fois poison et remède.

Déconnecter pour se concentrer et garder la capacité de travailler sur des « temps longs » ce qui est particulièrement difficile quand les sources de distraction foisonnent : un courriel, une notification Twitter ou Google+ quand ce ne sont pas les trois à la fois.

Je travaille toujours en laissant la plupart de mes logiciels lancés et connectés. La liste est longue : Choqok pour Twitter et StatusNet, un onglet sur Google+, pidgin pour la messagerie instantanée, Skype (hé oui trop de contacts sur ce dernier pour le négliger), Thunderbird pour les courriels. Je passe sur mon téléphone portable allumé et un client de téléphonie sur IP pour ma ligne professionnelle.

Le comportement compulsif est simple, je clique sur ces logiciels plus ou moins régulièrement « pour voir », interrompant ainsi ma tâche en cours. J’avais déjà entrepris de désactiver la plupart des notifications de ces logiciels pour réduire ma tentation de les consulter, mais je me rends bien compte que ce n’est pas totalement suffisant. Je suis parfois taraudé par l’angoisse d’avoir raté quelque chose.

La faute aussi à ces outils pour lesquels j’aimerais pouvoir sélectionner facilement les personnes pour qui je souhaite être présent ou pas, mais aussi ma faute, car rien ne m’oblige à tous les lancer et à supporter le « bruit » qu’il génère. Je suis responsable

Résolutions

Je me rends bien compte de la tension supplémentaire qu’apportent tous ces outils sans pour autant nier leur relative utilité. J’ai déjà commencé depuis quelques temps à prendre des « mesures ». Je ne suis  que très peu connecté les week-ends, un peu en soirée quand je suis à la maison ou une petite heure dans la journée.

Je ne vais pas disparaître des réseaux sociaux, mais réduire leur utilisation. Je ne lis déjà presque plus les fils de notices de StatusNet, Twitter et Google+. Je me contente désormais d’envoyer les liens des lectures que j’ai faites et de répondre éventuellement aux réactions qu’ils ont générés, uniquement si j’ai le temps. Une forme d’impolitesse, probablement, mais que je dois assumer.

Voilà pour les réseaux sociaux. Pour la messagerie instantanée, je vais désormais adopter le statut « ne pas déranger » par défaut. Je crois que l’on ne peut pas être plus clair. Si on me sollicite, je me réserve le droit de ne pas répondre. J’essaierai de trouver des moments pour être disponible ou alors je n’utiliserai plus cet outil que sur « rendez-vous ». Cela peut sembler prétentieux et encore une fois impoli, mais en fait j’assimile cela à la possibilité de « fermer la porte de mon bureau ». On peut rentrer, mais il faut frapper et éventuellement repasser plus tard.

Reste le courriel, plusieurs dizaines par jour… Là aussi je viens de prendre une mesure radicale. Je ne relève plus mes courriels que manuellement. C’est moi qui décide désormais quand je reçois mes courriels et pas la machine. Je vais m’astreindre à ne les lire que trois ou quatre fois maximum par jour ; c’est bien assez. D’ailleurs je compte l’indiquer dans ma signature.

Au final tous ces comportements me feront probablement passer pour un bon vieux rétrograde, voire on me reprochera peut-être mon manque de professionnalisme dans le refus de cette hyper-connexion instantanée. Mais au vu de la facilité avec laquelle mes contemporains subissent les affres du burn-out, je ne regrette pas ce choix.

La discussion est ouverte.

L’interview de Thierry Crouzet dans Place de La Toile

NB : Cet article a été écrit d’une traite sans lire mes mails ni consulter un quelconque outil de communication. Faites l’exercice 🙂

Crédit photo Certains droits réservés par Nadya Peek

Philippe Scoffoni

Je barbote dans la mare informatique depuis 30 ans (premier ordinateur à 16 ans, un ORIC ATMOS) et je travaille à mon compte au travers de ma société Open-DSI. J'accompagne les associations, TPE et PME dans leurs choix et dans la mise en oeuvre se solutions informatiques libres.

7 réponses

  1. Galuel dit :

    Prendre le contrôle de la machine semble toujours une excellente chose !
    Ca fait des années que j’ai désactivé les messageries instantanées. L’homme n’a pas à ignorer sa capacité à décider quand et comment il accepte d’être sollicité.
    Ta résolution me semble donc une excellente chose ! 🙂

  2. Couz dit :

    Excellent article, comme souvent.
    Ta façon de faire (ou ce que tu souhaites qu’elle soit dans le futur) me semble tout à fait légitime et juste : tu restes hyperconnecté, mais pas hyperdisponible.
    Et la distinction de ces deux notions me semble importante. Comme tu le dis pour la messagerie instantanée, il est possible de rester connecté tout en indiquant qu’on ne souhaite pas être dérangé. Partant de là, la personne qui souhaite te contacter a soit un besoin urgent, et essaye quand même un message instantané (puis téléphone en cas de non réponse), soit il n’y a pas d’urgence, auquel cas un e-mail peut-être une bonne idée, pour lancer une discussion ou prendre rendez-vous.
    On peut aussi imaginer la même chose pour le téléphone : se mettre sur répondeur en indiquant un unique moyen de contact en cas d’urgence (la messagerie instantanée par exemple, mais tout le monde n’utilise pas cela, et tous les réseaux ne sont pas fédérés).
    Avoir un unique moyen de communication à surveiller quand on est en mode « do not disturb » permet d’éviter les distractions…

  3. Lolo le 13 dit :

    De plus en plus de personnes se rendent compte qu’elles ne peuvent faire qu’une chose à la fois s’ils veulent avoir la concentration nécessaire pour faire les choses bien. Pour ça, il faut clairement un environnement propice à la concentration. Il sera clairement bien plus difficile de méditer dans un concert ou une discothèque qu’en face d’un mur blanc assis sur un coussin.
    Donc, de ce côté, si on veut préserver sa productivité, il faut clairement « se vider l’esprit » des autres choses que la tâche en cours. Là où la méditation propose de laisser aller ses pensées, il est intéressant de noter ses idées lorsqu’elles arrivent au « mauvais moment » quand vous faites autre chose.
    Ça, c’est pour l’intérieur. Pour l’extérieur on ne peut que débrancher, ne pas répondre.
    Est-ce que ça fait de nous des personnes impolies ou as-t-on clairement inversé les rôles ?
    Si on reprend la base de la politesse, il était d’usage de s’annoncer avant de venir voir quelqu’un chez lui. Et s’il nous prenait l’envie de passer à l’improviste, on ne sortait pas sans son bristol ou sa carte de visite au cas où le majordome ait reçu des ordres de ne laisser passer personne.
    Il y a cette grande légende de la réaction de Jules Verne à propos du téléphone qui se demandait comment on pouvait accepter de se faire déranger par une sonnerie comme un domestique.
    Aujourd’hui nos majordomes sont les statuts de messagerie instantanée, les boites vocales des téléphones et l’indication que les mails sont relevés quotidiennement, mais pas en permanence.
    La politesse est ici d’annoncer qu’on est disponible ou non. Penser que votre interlocuteur sera à votre disposition à n’importe quelle heure, cela relève non seulement de l’impolitesse, mais d’un manque flagrant d’empathie.
    Enfin, pour ce qui concerne l’addiction aux réseaux sociaux et aux moyens de communication, il me semble que nous faisons face à la même « aggravation » du phénomène du besoin de reconnaissance sociale qu’on peut voir avec les harcèlements sociaux en milieu scolaire. La communication étant considérée comme plus facile, on n’arrive plus à comprendre pourquoi on ne fait pas réagir les autres. Ce miroir déformant qui vous renvoie une image que vous allez vous échiner à corriger en agissant sur votre attitude est à la fois une façon d’exister et une façon de se détruire. En effet, nous n’avons pas réellement d’influence sur les déformations qui nous sont renvoyées et si on tente de corriger ces déformations en agissant sur soi-même, on va arriver parfois bien trop loin pour que notre corps et notre esprit puisse l’encaisser.
    Pour conclure, je dirai que pour en revenir à l’essentiel, il est plus important d’être que d’apparaître. Certains parlent d’en finir avec la dualité, d’autres pensent qu’il faut se concentrer enfin, certains internautes se parlent dans l’idée de hacker sa vie (lifehacking). À chacun de trouver la voie vers sa sérénité.

  4. franceschini dit :

    Entièrement d ‘accord avec votre démarche.
    Si l’ évaluation professionnelle risque un ou deux points,
    c ‘est pas dramatique !
    La valeur d’ une personne dans une entreprise ne se mesure pas
    à son temps de connection, ou à la vitesse de répondre à
    un mail, ou de retwiter à l’ infini…
    Le patron doit comprendre cela, ou alors c ‘est un nase et sa boîte
    ne fera pas long feu…
    Côté famille, faut d ‘abord faire plasir à ceux qu’ on aime et
    prendre la peine d’ écouter les petits oiseaux.
    A côté de « Face Machin », il y a encore des paysages à découvrir.
    @ndré

  5. tcrouzet dit :

    Passer en mode manuel, volontaire, c’est ça le truc je crois… Il faut choisir librement et pas se faire dicter ce qu’on doit faire. Couper m’a fait du bien, maintenant je reviens, franchement avec un autre rapport. Et comme je le dis à la fin de mon bouquin, c’est pas la modération que j’ai recherché, mais la maîtrise.

  6. Christophe dit :

    En te lisant, Philippe, je me rends compte que je ne suis pas autant « branché ». La raison est bien différente : j’ai essayé beaucoup des outils dont tu parles et que tu utilises mais de ce côté-ci du monde, avec nos connexions chères et lentes, la raison reprend vite le dessus. Autrement dit, le meilleur remède contre cette hyperconnexion c’est de ne pas y avoir accès ! Et puis, au quotidien, quand j’ai un accès, une connexion haut débit et peu coûteuse, je ne peux pas rester « branché ». Bien vite, mes activités me rappellent à l’ordre…

  7. Philippe dit :

    @Christophe : Il est clair que c’est un mal de nos contrées « civilisées » . En ce qui me concerne je travaille aussi dans le « numérique », donc difficile d’éviter les ordinateurs, ce qui n’aide pas…