Comment choisir un logiciel libre ou open source ?

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choisir logiciel libreLe choix d’un logiciel libre ou open source repose sur un ensemble de considérations plus ou moins spécifiques. Certaines considérations sont communes aux logiciels propriétaires, comme la couverture fonctionnelle. D’autres sont plus particulières et entraînent souvent bon nombre d’interrogations, voire font reculer les utilisateurs potentiels. Un article qui se positionne dans le contexte de l’entreprise.

Un logiciel libre ou open source est… un logiciel

Commençons par éliminer le questionnement le plus simple. Quoi qu’il arrive, cette famille de logiciels reste un programme que l’on exécute sur un ordinateur ou un serveur. Ce programme doit rendre des services attendus par les utilisateurs. Cette première étude, celle de la couverture fonctionnelle et de l’adéquation aux besoins, reste incontournable.

Cependant, l’ouverture procurée par les licences libres ou open source peut amener à être plus « souple » sur ce point. Souvent, lorsqu’un logiciel propriétaire ne dispose pas d’une fonctionnalité qui vous est indispensable, vous n’avez d’autres choix que de chercher ailleurs. Rares sont les éditeurs qui accepteront d’ajouter juste pour vous une fonction. C’est d’autant plus vrai que l’éditeur est gros.

Avec les logiciels libres, ce n’est pas tout à fait aussi fermé. Noter bien que je n’ai pas dit que c’était simple. Si la licence vous autorise effectivement à modifier le logiciel ou à le faire modifier par un tiers, encore faut-il s’assurer que cette modification soit acceptée par ceux qui gèrent le logiciel. Autrement dit, il faudra qu’ils acceptent d’intégrer votre modification dans le code du logiciel.

Dans le cas contraire, vous vous retrouverez avec votre version modifiée du logiciel. Lors de la sortie d’une nouvelle version, il vous faudra à nouveau intégrer votre modification ce qui peut être problématique. Je referme cette parenthèse, car la capacité à reverser le code modifié à un logiciel libre est un point souvent ignoré par les utilisateurs et pourtant hautement stratégique.

Communauté, intégrateur, éditeur

C’est là que les choses se compliquent quelque peu avec les logiciels libres ou open source. Ils sont portés par une grande diversité d’acteurs. Nous sommes en effet habitués au principe de l’éditeur de logiciel. Une entreprise qui développe et commercialise le logiciel.

Ici, on peut identifier au moins quatre grands types d’acteurs :

  • La communauté d’amateurs éclairés : un ensemble d’individus regroupés autour d’un projet de logiciel et d’une « forge » qui développent et maintiennent un logiciel sur leur temps libre. Un modèle sur lequel reposent parfois des outils d’une grande complexité.
  • L’intégrateur ou société de services, on parle aussi de SSLL (Société de Services en Logiciel Libre). Ils fournissent des services de mise en place, de formation, de développement à façon ou encore de support autour d’un ou plusieurs logiciels.
  • L’éditeur, c’est une peu une sorte d’intégrateur qui se serait spécialisé sur un seul logiciel. Souvent même, il en a assuré seul le développement.
  • La communauté industrielle : nous avons là un ensemble d’entreprises qui se regroupent pour mutualiser leurs moyens autour de briques logiciels. Souvent ces entreprises sont du domaine technologique ou de grands groupes.

Bien sûr il existe des modèles mixtes entre ces différents acteurs où se croisent parfois l’amateur et l’entreprise. Il convient de porter une attention particulière à la façon dont sont organisés le projet et les acteurs.

Difficile de dire sans étudier le contexte et les attentes de chacun quel est le meilleur modèle. Certains  préféreront le logiciel porté par un éditeur pour avoir l’assurance d’obtenir une réponse compétente aux problèmes rencontrés avec le logiciel, tandis que d’autres préféreront les logiciels communautaires, jugés plus pérennes.

Le projet

On s’intéressera à l’historique du projet, s’il est issu d’un « fork » (la séparation d’un même projet en deux projets distincts) ou en passe d’en être victime,  son âge, mais aussi  sa feuille de route si elle existe et est accessible. Comme pour un logiciel classique, la communauté des utilisateurs est un indicateur. Dans le cas des logiciels libres, on recherchera l’existence de références significatives dans le monde de l’entreprise.

On parcourra les forums ou listes de diffusion associées afin d’évaluer l’activité du projet. Un autre critère à étudier est d’essayer d’identifier le nombre de développeurs qui contribuent réellement à un projet. Parfois, il peut exister un très grand déséquilibre entre l’adoption d’un logiciel libre et le nombre de développeurs qui le portent réellement.

Un autre point important est la nature des contributeurs. Dans les communautés industrielles, un projet peut être fortement dépendant d’une entreprise qui poussera les développements dans le sens qui l’arrange et pas forcément dans l’intérêt de l’utilisateur final. En somme : plus le nombre de contributeurs est élevé et leurs origines diverses, plus c’est un gage d’indépendance et de pérennité pour l’évolution du projet.

Les licences de logiciel libre impliquent qu’il y a un détenteur des droits sur le projet. Un point qu’il faut analyser pour savoir si le projet peut facilement ou pas changer de licence. Ce point est assez complexe à étudier. La nature de la licence et sa « permissivité » (capacité à modifier et encapsuler  le logiciel dans un logiciel fermé) sont à prendre en considération également.

Bref, n’hésitez pas à vous faire aider si vous n’y voyez pas assez clair par un spécialiste du logiciel libre 😉 .

Pour en savoir plus

Reportez-vous à ma présentation sur l’économie du logiciel libre.

Crédit Image du domaine public (CC0), Pixabay

Philippe Scoffoni

Je barbote dans la mare informatique depuis 30 ans (premier ordinateur à 16 ans, un ORIC ATMOS) et je travaille à mon compte au travers de ma société Open-DSI. J'accompagne les associations, TPE et PME dans leurs choix et dans la mise en oeuvre se solutions informatiques libres.

8 réponses

  1. Lors de l’étude des sources que l’on ne manquera pas de faire je conseille l’utilisation de gource [1] que l’on m’a fait récemment découvrir, grâce à cet outil on appréhende rapidement la vie du projet. Si un bon dessin vaut mieux qu’un long discours, une vidéo est plus agréable qu’une lecture d’historique !

    1. http://code.google.com/p/gource/

  2. Dans ce type de choix je ne saurais trop conseillerl’utilisation de qsos. C’est une méthodologie d’aide au choix basée sur un référentiel prenant en compte non seulement les fonctionnalités, mais également le type de gouvernance, la maturité, la taille de la communauté … etc …

    Certains pourront dire que cela est complexe à mettre en oeuvre, et je le concède, mais en entreprise sur des projets stratégiques, on a pas forcément le droit de se planter.

  3. Philippe dit :

    Je connais QSOS. Sur le papier c’est bien, sauf que les outils ne sont plus maintenus et que c’est vraiment difficile de travailler avec. Il faut un firefox7 pour le xul éditor et pas mal de bonne volonté pour exploiter les données. Dommage.

  4. Philippe dit :

    @Rodolphe : c’est marrant ce truc… facile à installer ? J’ai pas cherché 🙂

  5. david96 dit :

    Oui, au niveau présentation, on dirait un jeu 🙂

  6. Bonjour à tous,

    Je rebondis sur le sujet de QSOS pour préciser les informations:
    * QSOS est toujours un projet d’actualité, il est employé depuis plusieurs années et continue de l’être.
    * Une équipe de 3 personnes travaille de manière intensive sur le projet afin de sortir dans les jours qui viennent la version 2
    * L’ensemble du code du projet est désormais disponible sur github à l’adresse https://github.com/organizations/drakkr
    * Plusieurs conférences de présentation sont prévues dans les mois prochains (Solution Linux, UsiEvents et d’autres…)

    Nhesitez pas à poser des questions ou à rejoindre le projet pour vous impliquer. Nous sommes totalement ouverts à la discussion.

    Philippe-Arnaud HARANGER
    Consultant à l’Open Source Center d’Atos

  7. david96 dit :

    Ok, merci pour cette intervention, du coup je vais l’installer. 🙂

  8. Philippe dit :

    @Philippe-Arnaud : Merci, c’est une sacré bonne nouvelle 🙂 Je suis impatient de voir ça.
    Pour GitHub l’url indiqué ne semble pas fonctionner, j’ai touvé le projet sur celle-ci :
    https://github.com/drakkr