Quel usage des logiciels libres en entreprise ?

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Cet article est basé sur le  travail réalisé par Anthony Leduc dans le cadre de sa formation  de « chef de projet en conception des systèmes informatique Télécom et réseaux » à la CCI du Maine et Loire. Avant de passer en revue les résultats de son étude, je lui ai posé quelques questions pour mieux cerner son parcours et sa connaissance préalable du sujet.

Philippe : Comment est venue l’idée de ce sujet ?
Anthony Leduc : Je suis la formation « CHEF DE PROJET EN CONCEPTION DES SYSTÈMES INFORMATIQUES, TÉLÉCOM ET RÉSEAUX » à la CCI du Maine et Loire. La validation du titre repose sur différents types d’évaluations (QCM, Grand Oral, Etude technique, Etude de synthèse et soutenance).  L’ organisme titulaire du titre « Aquitcom libourne » nous propose une liste de sujets pour l’évaluation de l’épreuve « Grand Oral ». J’ai sélectionné le sujet « Les impacts de l’Open Source dans les entreprises » car je voulais comprendre pourquoi les entreprises installent ce type de solutions dans leurs infrastructures. Pour répondre à sujet aussi « vaste » j’ai souhaité mener une enquête en ligne.
P. : Connaissiez-vous les logiciels libres, l’open source avant ? Si oui par quel biais ?
A.L : Oui, j’ai débuté sur GNU/Linux avec la distribution OpenSuse 10.2 que j’ai découverte grâce à un collègue de l’AFPA. Cette distribution m’a permis de remplacer progressivement mon windows. Il y a quelques mois j’ai migré vers la distribution Kubuntu suite à une problème de reconnaissance matériel sur mon nouveau portable.
P. : Quelles ont été les difficultés pour aborder le sujet ?
A.L : J’avoue avoir rencontré des difficultés à la lecture des différentes licences existantes (GPL, LGPL, CC, Art libre et les nombreuses licences compatibles GPL). Je tiens à remercier les personnes d’avoir pris de leur temps pour répondre à l’enquête et à ceux qui ont contribué à son déploiement sur le réseau Internet.

Voici les résultats de l’enquête en ligne menée il y a quelques semaines et à laquelle ont répondus 143 personnes issues de milieux assez différents tels que : SSII, SSLL, organisme de formation, administration, éditeurs de logiciels, assurances, banques, Défense, bâtiments.

Un usage très répandu : Sur les 143 entreprises qui ont répondu à l’enquête, 126 (88,11%) utilisent au moins un logiciel libre. Il est vrai qu’il suffit de déployer Firefox pour répondre oui à cette question. Mais ce n’est déjà pas une démarche anodine. Déployer ne serait-ce qu’un seul logiciel libre demande parfois de sortir des sentiers battus notamment par la rareté des outils permettant leur intégration « naturelle » dans l’environnement majoritaire des entreprises : Windows. Par contre, il est souvent plus simple déployer un serveur utilisant un logiciel libre comme un serveur web Apache pour propulser un intranet.

La gratuité et l’indépendance viennent en tête des avantages les plus cités des logiciels libres suivi de près par le respect des standards. Je crois en effet que de plus en plus d’entreprises commencent à être conscientes de l’enfermement dont elles peuvent être victimes. Un exemple concret que j’ai pu étudier de prés récemment : les stratégies tarifaires des éditeurs propriétaire qui au travers de « package » au prix avantageux  capturent les entreprises pour mieux les « saigner » plus tard.

Il en va ainsi de Citrix avec son Pack « Essential » à prix cassé, mais limité à 75 utilisateurs. Un nombre qu’il vaudra mieux ne jamais avoir à dépasser sous peine d’être obligé de régler  une très couteuse upgrade. Exemple : 1 licence Essential vaut dans les 200€. L’upgrade de cette licence coute 242€ et vous oblige à passer sur les licences « Enterprise » qui valent ensuite (la 76ème licence) 369€ par utilisateurs plus une licence d’accès terminal serveur aux environs de 80€. J’ai le même exemple avec Vmware…

Base de données et systèmes d’exploitation : ce sont les deux catégories de logiciels libres les plus utilisées. Comme je le disais plus haut, l’usage sur des serveurs pose en général moins de problème, car n’implique pas forcément un changement dans les usages des utilisateurs.

Les entreprises sont satisfaites des solutions libres déployées, seuls 15% d’entre-elles ont eu à faire machine arrière pour revenir à des solutions propriétaires. Les principales raisons sont :

  • L’incompatibilité des formats de fichiers entre logiciel propriétaire et logiciel libre,
  • Fonctionnalités manquantes ou non abouties, (dia vs visio par exemple),
  • Le nombre d’infrastructures équipées de Windows 2003 Serveur oblige plus ou moins à utiliser des logiciels propriétaire (Active Directory par exemple…).

Peu d’utilisateurs ont besoin d’une formation sur le logiciel libre : l’étude ne fait pas la distinction selon les profils d’utilisateur (informaticien, utilisateur final). En fonction des commentaires, les besoins de formation exprimés sont surtout à destination des techniciens et administrateurs qui vont déployer des logiciels libres au sein du SI. Quant aux utilisateurs finaux, ils suivent essentiellement une formation sur OpenOffice.

40% des entreprises qui utilisent des logiciels libres adaptent le code source : c’est une bonne chose, car cela montre que les entreprises ont compris l’un des intérêts des logiciels libres, ne pas être emprisonné par un programme dont on ne peut faire évoluer les spécifications. Combien d’entreprises ont été bloquées dans leur processus de gestion, car le logiciel propriétaire employé (souvent des ERP) ne permettait pas de répondre au besoin ? Une question à laquelle ne répond pas l’étude, dans ces 40% combien d’entre-elles ont reversés les modifications (quand elles avaient un intérêt) au projet d’origine. C’est en effet indispensable pour que le cercle vertueux des logiciels libres soit bouclé : reverser le code.

Il s’agit ici d’une petite étude qui n’a pas eu les moyens des grands Gartner ou Forrester. Un panel plus important de réponses aurait peut-être amélioré la pertinence ou la crédibilité des résultats. Cependant ils me semblent conformes dans les grandes lignes avec le tableau de l’usage des logiciels libres que l’on peut connaître au sein des entreprises.

Ce document au format Open Office est placé sous licence Creative Commons BY-SA, Anthony Leduc – Euromaster 2009-2010.

Le diaporama (511357 octets)

Philippe Scoffoni

Je barbote dans la mare informatique depuis 30 ans (premier ordinateur à 16 ans, un ORIC ATMOS) et je travaille à mon compte au travers de ma société Open-DSI. J'accompagne les associations, TPE et PME dans leurs choix et dans la mise en oeuvre se solutions informatiques libres.

5 réponses

  1. Philippe dit :

    Merci pour les liens 😉

  2. Formateur Web dit :

    Bonjour,

    Pour faire un petit retour sur cet article intéressant, je dois dire que pour ma part, mon métier de formateur web m’oblige à privilégier les solutions Open-Source aux solutions propriétaires et pour cause…le cout de la formation s’en ressentirait. Je remarque également que la majorité des personnes ayant suivi une formation web utilisant des logiciels open-source comme nvu, linux, Mysql, php, joomla, wordpress, prestashop, magento et j’en passe, les recommandent au sein de leur entreprise. Je pense donc que la tendance est en train de changer et que le Open Source ne limite plus qu’à Firefox et Open Office mais s’étend bien pour de nombreuses applications. C’est le cas aussi des crm… il suffit de prendre gout à Sugar pour voir comment il est surpuissant.

    Peut-on savoir d’où viennent précisément les stats ?

  3. Philippe dit :

    Elles viennent des réponses de 143 personnes issues de milieux assez différents tels que : SSII, SSLL, organisme de formation, administration, éditeurs de logiciels, assurances, banques, Défense, bâtiments.