Les DSI et l’open source, mythes et réalités

closeCet article a été publié il y a 10 ans 11 mois 28 jours, il est donc possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être expirées.

Cela fait bientôt un peu plus de sept ans que je suis responsable informatique après environ huit années passées dans le domaine du service et plus particulièrement du développement et de l’intégration de logiciels (propriétaire !).

Durant ces sept années qui correspondent d’ailleurs avec ma découverte des logiciels libres et open source, j’ai eu le temps de me poser pas mal de questions et pas seulement technique sur le sujet. Le document dont je vous propose ici une synthèse a été élaboré suite à la « l’Open CIO Summit, un événement organisé et animé par des décideurs informatiques afin de débattre de l’impact de l’Open Source dans la mise en œuvre et l’usage du Système d’Information. »

Face aux études parfois « convenues » des grands groupes type Gartner et Forrester, nous avons ici un document qui me semble apporter un regard un peu plus réaliste sur la compréhension qu’ont aujourd’hui les DSI (Directeur de Systémes d’Informations) de l’open source.

Tout d’abord, voici les cinq grandes tendances qui ressortent des débats :

  • L’intérêt premier de l’Open Source n’est pas la réduction du coût, mais l’innovation : « l’Open Source est avant tout un levier d’innovation métier ». La possibilité d’assembler, de tester, d’expérimenté sans limite sdes assemblages ou des modifications de logiciels open source est une opportunité pour construire de véritables innovations aux métiers de l’entreprise.
  • L’intérêt n’est pas l’ouverture du code, mais les standards et la flexibilité : Les DSI se posent de nombreuses questions sur la gestion et le reversement des contributions aux communautés. Les différentes approches possibles (participation, donation,…) deviennent ainsi un débat émergeant. Le principe de la contribution semble enfin apparaître et faire partie des préoccupations des DSI utilisatrices de logiciels open source. C’est une approche saine, car c’est comprendre que sans cette étape, la boucle vertueuse de l’open source ne peut pas fonctionner.
  • Le premier frein à l’adoption de l’Open Source n’est pas la pression des éditeurs commerciaux, mais la réticence des utilisateurs finaux. L’ergonomie, le look restent des points incontournables pour l’utilisateur final. Les logiciels open source souvent conçus par des informaticiens pour leur propre usage sont parfois un peu trop « rustique ». C’est donc sur le poste utilisateur que se joue le dernier obstacle à une adoption plus massive de l’open source. Coté serveur, la partie semble bien plus facile à jouer, car plus transparente.
  • L’Open Source exige davantage une nouvelle approche RH qu’une nouvelle expertise technique : l’utilisation de logiciel open source passe aussi par une modification des habitudes de travail et d’organisation des équipes informatique qui doivent faire face des situations plus mouvantes et moins rigides qu’avec les logiciels propriétaires. Esprit d’initiative, autonomie, débrouillardise,sens du travail d’équipe, curiosité et veille permanente… autant d’éléments qui deviennent essentiels.
  • L’Open Source est plus une opportunité qu’un risque pour les DSI : Ce vieux mythe qui veut que les logiciels open source représentent un risque pour l’entreprise semble enfin toucher à sa fin.

L’open source ce sont aussi des mythes qui ont la vie dure. Mais ceux-ci sont remis en cause par les DSI participants :

  • La pérennité : le risque n’est finalement pas évalué comme supérieur aux logiciels propriétaires. Je crois que pas un DSI n’échappera à la disparition ou à l’arrêt d’un logiciel propriétaire ou à la remise en question d’un offre tarifaire durant sa vie professionnelle. Exemple tout récent, l’abandon par Microsoft de son offre Windows Essential Business Server.
  • La sécurité : les acteurs de la défense sont les premiers à adopter massivement l’open source pour leur système d’informations.
  • Le risque juridique : encore une fois les DSI présents jugent que le risque lié à la « viralité » des licences est faible, car ils utilisent souvent les logiciels pour leurs besoins internes. Le sujet des licences demande par contre de l’attention dès qu’il s’agit d’intégrer ce code dans un autre logiciel. Il convient alors de bien étudier les interactions des différentes licences en présence. Le plus simple restant évidemment de faire des logiciels open source.
  • L’instabilité des mises à jour d’origine perpétuelles. Elles ne semblent pas ressenties comme un problème et sont plus contrôlables qu’avec les solutions propriétaires. L’open source apporte au contraire plus de stabilité et parfois moins de pression à la mise à jour. Il est possible de rester sur une ancienne version plus longtemps que dans le monde propriétaire où l’on fait souvent tout pour vous pousser vers la nouvelle version.
  • L’absence de support : c’est une époque désormais révolue. Nombre d’éditeurs open source, de SSLL proposent un support avec plus ou moins de proximité aux entreprises.

Quels sont alors les vrais freins à l’open source ?

  • La résistance des développeurs certifiés sur du propriétaire : ces profils peuvent voir dans l’open source un obstacle à leur rente de situation acquise au travers de formations parfois très couteuses. L’open source et son coté ouvert va à l’encontre de cette démarche, même si le spécialiste existe toujours bel et bien.
  • La résistance des administrateurs et exploitants : Il n’est souvent pas facile de remettre en question les habitudes et les compétences acquises par les équipes techniques d’un service informatique. Mais l’open source va aussi demander un peu plus de travail pour intégrer toutes les briques et obtenir un ensemble cohérent fonctionnant avec fiabilité. Cette perte d’homogénéité apparente peut être fortement ressentie par des équipes habituées à des gammes logicielles propriétaires faites pour fonctionner entre elles.
  • La résistance des utilisateurs finaux : on en a déjà parlé plus haut, mais ce point représente souvent la pierre d’achoppement d’un projet open source. Il faut y porter une attention toute particulière, ne pas réduire la présentation des logiciels open source à la possible économie qu’ils pourraient procurer, mais pour les avantages qu’ils apporteront à l’utilisateur.

Au travers de ces trois derniers points ont voit bien que tout se joue sur l’humain et qu’au final, les obstacles ne sont pas réellement techniques, ni juridiques. Il s’agit bien de volonté et de capacité à conduire le changement de culture qu’imposent les logiciels open source pour le plus grand profit de l’utilisateur.

Le document complet est disponible en teléchargement après demande d’informations personnelles.

Illustration page d’accueil cc licensed flickr photo shared by e-magic

Philippe Scoffoni

Je barbote dans la mare informatique depuis 30 ans (premier ordinateur à 16 ans, un ORIC ATMOS) et je travaille à mon compte au travers de ma société Open-DSI. J'accompagne les associations, TPE et PME dans leurs choix et dans la mise en oeuvre se solutions informatiques libres.

15 réponses

  1. pyg dit :

    Merci pour cet article Philippe (oui, ceci est un commentaire limite inintéressant, mais prends cela comme un « merci » de la majorité silencieuse qui n’a pas toujours le temps de dire combien il est agréable de trouver des articles de qualité avant de retourner à des tâches moins folichonnes)

  2. Edouard dit :

    Je rejoins pyg, merci pour cette bonne lecture.

  3. LordPhoenix dit :

    Ces propos semblent malgré tout provenir de DSI déjà converti et dans ce sens ne sont pas surprenant mais qu’en est il des à priori des non convertis justement? C’est amha l’un des plus gros frein justement. Avec l’utilisateur final mais de toute façon celui-ce est et restera un boulet pour encore longtemps c’est une question de manque de formation.

  4. Nico dit :

    Avant même de lire les commentaires j’avais cette envie de dire : MERCI
    Article très intéressant et très riche. D’une qualité exemplaire.
    Ca fait plaisir 🙂

  5. Philippe dit :

    @Tous : merci pour les merci, réponse très convenu s’il en est 🙂 ! Concernant cet article, je me suis contenté de reprendre les points principaux du document de synthèse de l’Open CIO Summit et de l commenter. Une grande partie de la qualité que vous pouvez trouver à cet article est à rendre aux rédacteurs du rapport.
    @LordPhoenix : oui compte-tenu du contexte, tu as raisons de soulever le fait qu’il s’agit probablement de « convaincus ». Ce qui est intéressant c’est les raisons pour lesquels ils sont convaincus.

  6. zentux dit :

    Bonjours !

    La DSI fait des allusions, sans prendre parti !
    Cependant malgré les différents mythe qui reviennent
    pour donné raison a ce qui semble être plus important
    que la réalité ,il reste une évidence, développer en
    open source n’est pas plus compliqué que de le faire
    en closed source !!

    Le développeur a de nombreux avantages, comme
    gratuité, pas de limite imposé par une quelquonque
    autorités !

    Se qui ouvre l’accès a de l’innovations et l’imagination
    des développeurs talentueux !

    Le vrais problème c’est les habitudes, et non
    l’infrastructures qui reste un prétexte a la mauvaise
    volonté !!

    Je suis un utilisateur de « Logiciel libre » avant tout !
    Et dénote beaucoup d’hypocrisie de la par des DSI !
    Je comprend que tout cela vient d’une façon rétrograde
    d’aborder la question de l’Open source, provoquer
    par l’idée de sans référer a une autorité supérieure.

    La majorité des utilisateur ne sont pas ou peut informé
    sur se que représente l’Open source.
    L’Open source n’est pas une chose suffisamment médiatisé
    De plus les utilisateurs finaux recherche avant tout
    l’accessibilité et éventuellement les services.

    Les solutions Open source sont tout aussi viable que
    les solutions non Open source,mais de plus en plus
    accessible, bien que réservé a une élite et pas assez
    majoritaire pour être dans l’esprit de tout utilisateurs
    potentiel !!

    C’est pourquoi, beaucoup se range du côté de la majorité
    bien qu’il suffirait de créer de nouvelles solutions habitudes
    de la par des DSI.

    Car voyez vous ! ,utiliser une Ubuntu service entièrement
    automatisé ou un Windows assister, cela revient a du
    pareil au même pour l’utilisateur final !
    Bien que pour moi il y est une très grande différence.

  7. ericb dit :

    Bonjour,

    Merci beaucoup pour cet article qui illustre parfaitement le fait que la couche de vernis commence à sérieusement craquer 😉

    En tant que membre et développeur atypique (contributeur bénévole qui écrit du code), j’ai même trouvé des informations très précieuses dans les commentaires, et je ne manquerai pas de citer cet article quand j’aurai fait la synthèse de ce que je souhaite dire.


    ericb

  8. ericb dit :

    .. oops, cliquer poster trop vite: je voulais dire membre d’un projet Open Source

  9. Philippe dit :

    @ericb : « développeur atypique (contributeur bénévole qui écrit du code) ». Heu un développeur ça écrit du code, c’est quoi le coté atypique ?

  10. providenz dit :

    J’ajouterais, dans le domaine du dev web, la résistance des clients qui ne comprennent pas (toujours) que des outils open source peuvent être aussi efficaces que des propriétaires.

  11. ericb dit :

    @Philippe : atypique dans le sens où, dans la vraie vie, j’ai une famille, et autre travail (je suis enseignant). J’en connais peu qui s’investissent autant dans le libre, pour rien (à part peut-être Bruno Coudoin, auteur de GCompris).

  12. Philippe dit :

    @ericb : je crois au contraire que vous êtes très nombreux dans ce cas…

  13. je pense aussi qu’on est nombreux dans ce cas là !

  1. 9 mars 2010

    […] Les DSI et l'open source, mythes et réalités – Philippe Scoffoni […]

  2. 15 mars 2010

    […] analyse intéressante de la perception des logiciels libres par les directions informatiques, qui me rappelle très (trop) fortement ma propre expérience sur le […]